Art & Culture → Art contemporain → Mouvement (USA, depuis les années 1970-90)
Enjeu global
Le lowbrow (littéralement “intellectuellement bas”, terme d’abord péjoratif retourné en fierté) est un mouvement né de la contre-culture californienne : BD underground, affiches de surf et de hot-rod, tatouage, dessin animé, kitsch. Le pop surrealism en est la branche plus léchée et onirique. L’enjeu : revendiquer un art populaire, narratif, virtuose et joyeusement “vulgaire”, longtemps méprisé par l’art “sérieux” — et brouiller la hiérarchie entre grand art et culture populaire.
Caractéristiques objectives (techniques)
- Racines : la BD underground (Robert Crumb), l’imagerie Kustom Kulture (Ed “Big Daddy” Roth, hot-rods, monstres), les affiches psychédéliques, le tatouage, l’univers de la pop culture américaine.
- Figures : Robert Williams (qui fonde la revue Juxtapoz en 1994, bible du mouvement), Mark Ryden (fillettes inquiétantes, univers sucré et morbide), Camille Rose Garcia, les frères Clayton.
- Style : figuration très technique et léchée, narration, imagerie pop (jouets, dessins animés, kitsch), souvent teinte d’étrangeté, d’humour noir ou de morbide.
Caractéristiques subjectives (l’esprit)
Humour, irrévérence, nostalgie pop, étrangeté douce-amère ; un art assumé comme divertissement de qualité, anti-élitiste.
Thèses et débats
1. Réhabiliter le “mauvais goût”
- Thèse : le lowbrow revendique fièrement les sources que l’art noble méprise (BD, kitsch, tatouage) — il démocratise et prend le contre-pied de l’art conceptuel froid et théorique (voir Art conceptuel, Minimalisme). Le plaisir, le récit et le métier d’abord.
- Contradicteur : la critique institutionnelle l’a longtemps tenu pour de l’illustration commerciale, pas de l’“art” — débat sur la légitimité (qui décide de ce qui est de l’art ?). Le mépris est en partie tombé (expositions muséales), mais la frontière reste discutée.
2. Cousin du neo-pop, mais par le bas
- Thèse : comme le Neo-pop (Murakami, le Superflat), le lowbrow abolit la hiérarchie haute/basse culture — mais en venant de la rue et du fanzine, pas du marché du luxe.
- Contradicteur : sa récupération récente (cotes en hausse, collaborations commerciales) lui fait courir le même risque d’aseptisation que le Street art : la marge qui devient produit.