Lars von Trier (né en 1956)
Le provocateur génial du cinéma danois — un art de la souffrance et de la transgression qui fascine autant qu’il dérange.
⭐ Qui c’est. Cinéaste danois né en 1956, l’un des auteurs européens les plus radicaux et clivants. Cofondateur, avec Thomas Vinterberg, du mouvement Le Dogme 95 (1995), manifeste d’un cinéma « purifié » (caméra à l’épaule, lumière naturelle, pas de musique ajoutée). Cofondateur du studio Zentropa. Le « von » est un ajout ironique de son cru. Filmographie majeure : Europa (1991), Breaking the Waves (1996), Les Idiots (1998, Dogme), Dancer in the Dark (2000, Palme d’or, avec Björk), Dogville (2003, décor de théâtre épuré, Nicole Kidman), puis sa « trilogie de la dépression » : Antichrist (2009), Melancholia (2011), Nymphomaniac (2013), et The House That Jack Built (2018).
🔑 Son cinéma. 🔑 Deux obsessions structurent l’œuvre. (1) La souffrance et le sacrifice, incarnés par des héroïnes martyres au « cœur d’or » (Bess dans Breaking the Waves, Selma dans Dancer in the Dark, Grace dans Dogville) qui s’immolent pour les autres — un motif quasi christique mêlé de cruauté. (2) L’expérimentation formelle permanente : le dénuement du Dogme, le plateau nu tracé à la craie de Dogville, le prologue au ralenti sur du Wagner dans Melancholia, le found-footage, le chapitrage. Ses thèmes : la foi et le doute, le mal, la dépression (la sienne, transposée à l’écran), la place de la femme, l’Amérique fantasmée (trilogie USA — Land of Opportunities).
⚠️ Esprit critique. (1) Provocateur assumé — et ses dérapages. En 2011, à Cannes, une « blague » sur Hitler (« je comprends Hitler… je suis un peu nazi ») le fait déclarer persona non grata du festival ; propos largement condamnés, qu’il a lui-même regrettés. À prendre pour ce qu’ils sont : une transgression verbale ratée, pas une adhésion — mais qui interroge son rapport à la provocation. (2) Accusations graves. Björk l’a accusé (2017) de harcèlement durant le tournage de Dancer in the Dark — allégations sérieuses qu’il a contestées ; à mentionner sans trancher, en respectant la parole de l’actrice comme la présomption d’innocence. (3) Misogyne ou féministe ? Débat récurrent : ses femmes-martyres sont lues tantôt comme une complaisance dans la victimisation, tantôt comme une exaltation de figures plus fortes que les hommes qui les entourent. (4) Génie ou choc gratuit ? Ses détracteurs dénoncent une cruauté et une provocation complaisantes ; ses défenseurs, un cinéma d’une honnêteté brutale sur la douleur et le mal. Von Trier souffre lui-même de dépression, de phobies et de TOC (il refuse notamment de prendre l’avion) — ce qui irrigue son œuvre.
🔗 Liens
- Le Dogme 95 · Christopher Nolan · Villeneuve — L’Ampleur Contemplative · La Nouvelle Vague · <span class=“lien-absent”>L’Ambiguïté morale</span> · L’Esprit Critique