La Soie
Un fil sécrété par une chenille est devenu un secret d’État gardé trois mille ans.
⭐ L’essentiel. La soie provient du cocon du Bombyx mori, le ver à soie, nourri de feuilles de mûrier. La Chine en maîtrise la production (sériciculture) dès le IIIe millénaire av. J.-C., selon la légende sous l’impératrice Leizu. Pendant des siècles, le tissu voyage vers l’Occident par la Route de la Soie, si précieux qu’à Rome il valait, dit-on, son poids en or. Divulguer les techniques d’élevage était puni de mort : l’Empire chinois protégea jalousement son monopole.
🔑 Un fait souvent oublié. Le monopole tomba par espionnage industriel. Vers 552 apr. J.-C., sous l’empereur byzantin Justinien, deux moines auraient dissimulé des œufs de vers à soie dans leurs cannes de bambou creuses pour les rapporter à Constantinople. Byzance put dès lors produire sa propre soie et briser la dépendance envers la Perse et la Chine.
⚠️ Esprit critique. (1) L’histoire des moines, rapportée par Procope, mêle sans doute faits et légende. 🔑 (2) Fabriquer un seul kilo de soie exige environ 5 000 cocons — donc la mort de milliers de chrysalides ébouillantées, ce qui pose aujourd’hui des questions éthiques. (3) La « Route de la Soie » doit son nom à un géographe allemand du XIXe siècle : les contemporains ne l’appelaient pas ainsi. (Cf. Les Épices.)