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L'Autobiographie

Raconter sa propre vie — un genre qui prétend dire la vérité sur soi, mais qui, en écrivant sa vie, la RÉINVENTE forcément. ⭐ Écrire sa propre vie.

Raconter sa propre vie — un genre qui prétend dire la vérité sur soi, mais qui, en écrivant sa vie, la RÉINVENTE forcément.

Écrire sa propre vie. L’autobiographie est le récit qu’une personne fait de SA PROPRE vie, où auteur, narrateur et personnage sont une seule et même personne (le « pacte autobiographique », Philippe Lejeune). Genre au grand souffle : les Confessions de saint Augustin (IVe siècle, la conversion), celles de Rousseau (XVIIIe, « je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple ») qui fondent l’autobiographie moderne, jusqu’aux mémoires, journaux et à l’autofiction contemporaine.

🔑 La sincérité impossible. 🔑 L’autobiographie promet la VÉRITÉ sur soi — mais elle est structurellement PIÉGÉE. (1) La mémoire est reconstructrice : on ne se souvient pas fidèlement, on réinvente, on comble, on déforme (cf. La Mémoire). (2) Se raconter, c’est se METTRE EN SCÈNE : on sélectionne, on justifie, on se donne le beau rôle (ou le rôle du martyr). (3) Mettre sa vie en RÉCIT lui impose une cohérence, un « sens » qu’elle n’avait pas sur le moment. Écrire sa vie, c’est déjà la FICTIONNALISER — d’où le paradoxe : le genre de la vérité sur soi est aussi celui de l’illusion de soi.

⚠️ Esprit critique. (1) Le « je » est une construction : l’autobiographie suppose un « moi » unifié, cohérent, qu’on pourrait raconter. Mais la psychologie et la philosophie (Hume, la psychanalyse) montrent que le « moi » est plutôt une reconstruction narrative, un récit qu’on se raconte APRÈS COUP pour se sentir un. Nous sommes peut-être les personnages d’une histoire que nous nous inventons (cf. l’identité). 🔑 (2) À l’ère du récit de soi permanent : les réseaux sociaux ont fait de chacun l’AUTOBIOGRAPHE compulsif de sa propre vie (posts, stories, selfies) — une mise en scène permanente et embellie de soi. L’autofiction de masse pose les mêmes questions que le genre littéraire, en pire : où finit la vie, où commence le personnage qu’on joue ? (cf. La Société du Spectacle, Le Portrait). (3) Vérité émotionnelle vs vérité factuelle : même « fausse » sur les faits, une autobiographie peut dire une vérité PROFONDE (sur un ressenti, une époque, une souffrance). La grande autobiographie n’est peut-être pas celle qui rapporte exactement, mais celle qui touche juste — une vérité d’art, distincte de la vérité de fait.

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