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Enjeu global
La profondeur de champ désigne la zone de netteté d’une image : en profondeur de champ étendue (deep focus), les plans proches et lointains sont nets simultanément. Le spectateur peut alors circuler du regard dans la composition au lieu d’être guidé par le montage. Théorisée par André Bazin comme une mise en scène en profondeur, elle incarne un cinéma du réel, respectueux de l’ambiguïté du monde.
Caractéristiques objectives (techniques)
- Conditions : courtes focales, forte fermeture du diaphragme, éclairage intense.
- Effet : premier plan, plan médian et arrière-plan nets ensemble.
- Références : Citizen Kane (Orson Welles / chef opérateur Gregg Toland, 1941) ; le cinéma de Jean Renoir (La Règle du jeu, 1939) ; William Wyler.
- Distincte du plan-séquence, avec lequel elle se combine souvent.
Caractéristiques subjectives (l’esprit)
Elle rend au spectateur sa liberté : à lui de choisir où porter l’attention. Le sens naît de la coexistence des actions dans le même cadre, sans découpage imposé. C’est un cinéma de la durée et de la densité.
Thèses et débats
1. Bazin contre le montage
- Thèse : la profondeur de champ, respectant l’unité de l’espace et du temps, est plus « vraie » que le montage qui fragmente et manipule (Bazin, Qu’est-ce que le cinéma ?). Contradicteur : Eisenstein soutient que le sens naît justement du choc des plans montés.
2. Réalisme ou construction ?
- Thèse : elle donne l’illusion d’un réel non trafiqué. Contradicteur : la composition en profondeur est tout aussi orchestrée qu’un montage, seulement plus discrète.