Art & Culture → Cinéma → Concept (narration / scénario)
Enjeu global
Le MacGuffin est un ressort narratif : l’objet, le secret ou l’enjeu que convoitent les personnages et qui met l’intrigue en mouvement, mais dont la nature exacte importe peu. Documents secrets, formule chimique, valise, microfilm : leur seule fonction est de motiver l’action et de faire courir les protagonistes. Le concept, théorisé par Alfred Hitchcock, révèle une vérité de la dramaturgie : ce qui passionne le spectateur, ce n’est pas la chose désirée mais le désir lui-même et ses conséquences.
Caractéristiques objectives (techniques)
- Interchangeable : sa nature peut rester vague ou absurde sans nuire au film.
- Moteur d’intrigue : il déclenche poursuites, trahisons, suspense.
- Exemples : les plans militaires de Les 39 Marches, le « 27B-6 » et surtout le uranium de Les Enchaînés, la valise lumineuse de Pulp Fiction, les plans du Faucon Millenium.
- Hitchcock illustrait le principe par l’anecdote du train : un paquet nommé « MacGuffin » censé piéger les lions des Highlands… où il n’y a pas de lions. Donc « le MacGuffin n’est rien ».
Caractéristiques subjectives (l’esprit)
Le MacGuffin déplace l’attention de l’objet vers l’émotion. Il rappelle que le cinéma de suspense fonctionne à la tension, pas à la logique. C’est un leurre assumé, un pacte tacite avec le spectateur, prêt à s’investir dans une quête dont l’enjeu réel est ailleurs (les rapports humains, la peur, le crime).
Thèses et débats
1. Habileté ou paresse d’écriture ?
- Thèse : concentrer le récit sur les personnages est une élégance dramaturgique. Contradicteur : un enjeu creux peut trahir un scénario vide.
2. Universalité du procédé
- Thèse : présent bien au-delà du thriller, jusque dans le blockbuster contemporain. Nuance : certains « MacGuffins » finissent par acquérir un vrai poids symbolique.