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Manchester by the Sea

Art & Culture → Cinéma → Film (États-Unis, 2016 ; sortie France 2017) — Le grand film sur le deuil qui refuse la consolation : et si certaines douleurs ne se « surmontaient » jamais ?

Art & Culture → Cinéma → Film (États-Unis, 2016 ; sortie France 2017) Le grand film sur le deuil qui refuse la consolation : et si certaines douleurs ne se « surmontaient » jamais ?


Fiche d’identité

  • Réalisation & scénario : Kenneth Lonergan (dramaturge, également auteur de You Can Count on Me et Margaret).
  • Sortie : présenté à Sundance en janvier 2016, sorti aux USA fin 2016, en France en 2017.
  • Casting : Casey Affleck (Lee Chandler), Michelle Williams (Randi), Lucas Hedges (Patrick), Kyle Chandler (Joe), Gretchen Mol.
  • Genre : drame intimiste. Lieu : Manchester-by-the-Sea, petit port de pêche du Massachusetts, au nord de Boston.
  • Récompenses : Oscars du Meilleur acteur (Casey Affleck) et du Meilleur scénario original (Lonergan) ; 6 nominations dont Meilleur film, réalisateur, second rôle (Williams et Hedges).

Synopsis

Lee Chandler, homme à tout faire taciturne et solitaire à Boston, apprend la mort de son frère aîné Joe, emporté par une insuffisance cardiaque. De retour dans sa ville natale, il découvre que Joe l’a désigné tuteur légal de son neveu Patrick, 16 ans. Lee, incapable de se réinstaller dans cette ville, se débat avec cette responsabilité. Par une série de flashbacks enchâssés sans repères explicites, on comprend peu à peu pourquoi il a fui : des années plus tôt, une négligence un soir d’alcool (un feu de cheminée mal éteint) a provoqué l’incendie de sa maison et la mort de ses trois enfants. Détruit, séparé de sa femme Randi, Lee vit depuis dans une survie anesthésiée.

Analyse

1. Le deuil sans rédemption

Le film prend le contre-pied radical du récit hollywoodien de la guérison. Lee ne « fait pas son deuil », ne renaît pas, ne se pardonne pas. Sa réplique-clé — « I can’t beat it » (« Je n’y arrive pas / je ne peux pas m’en sortir ») — assume que certaines blessures ne cicatrisent pas. C’est un anti-feel-good movie : la douleur n’est pas un obstacle à vaincre mais un état avec lequel on cohabite.

2. La culpabilité et l’auto-punition

Le cœur du personnage est la culpabilité : Lee s’estime responsable de la mort de ses enfants et s’inflige une peine à perpétuité (exil, solitude, refus de tout bonheur). La scène où, au commissariat, il tente de se saisir d’une arme pour se tuer — et où on ne l’inculpe même pas — montre que la pire punition est de devoir continuer à vivre.

3. Le masculin empêché

Lee incarne une masculinité incapable de dire l’émotion : il encaisse, se bagarre, se mure. Le film observe sans juger cette inexpressivité, et en fait la source d’un tragique ordinaire.

4. La scène de la rue (Lee et Randi)

Sommet du film : Randi, remariée, croise Lee dans la rue et tente de s’excuser des mots terribles dits après le drame (« mon cœur est brisé », « il n’y a rien là-dedans »). Lee, submergé, est incapable de recevoir ce pardon. Michelle Williams y bouleverse en quelques minutes : la réconciliation est offerte, et impossible.

Mise en scène

  • Récit non linéaire : les flashbacks s’insèrent sans fondu ni carton, au fil des associations mentales de Lee — le passé fait irruption dans le présent comme dans un esprit hanté.
  • Sobriété naturaliste : lumière hivernale de Nouvelle-Angleterre, plans tenus, silences, refus du pathos et de la musique appuyée dans les moments-clés.
  • Musique classique en contrepoint (Albinoni, Haendel), qui donne une dimension quasi liturgique à des scènes du quotidien.
  • Humour discret : au milieu du chagrin, des scènes drôles (les déboires de Patrick, la comédie des vivants) qui rendent le deuil plus vrai, jamais complaisant.

Esprit critique

  1. Un chef-d’œuvre unanime… mais éprouvant. Salué comme l’un des grands films des années 2010 sur le deuil, il est aussi jugé lent et douloureux ; son refus de toute catharsis peut frustrer ceux qui attendent une résolution.
  2. La question Casey Affleck. Son Oscar est intervenu alors qu’il faisait l’objet d’accusations de harcèlement sexuel (plaintes réglées à l’amiable en 2010), ce qui a nourri, en pleine émergence de #MeToo, un débat sur la séparation de l’œuvre et de l’artiste (cf. <span class=“lien-absent”>Séparer l’homme de l’artiste</span>).
  3. Le vrai sujet. Contre l’idée reçue que « le temps guérit tout », le film propose une éthique de l’endurance plutôt que de la guérison — à rapprocher du « Le temps détruit tout » d’Irréversible, mais sur le mode de la retenue.

En bref

  1. Manchester by the Sea (Lonergan, 2016) : un homme brisé par la mort accidentelle de ses enfants doit s’occuper de son neveu orphelin. Le grand film du deuil sans rédemption — « I can’t beat it ». Oscars du meilleur acteur (Casey Affleck) et du meilleur scénario.

Liens

  • <span class=“lien-absent”>Le Deuil</span> · <span class=“lien-absent”>La Culpabilité</span> · Le Réalisme · <span class=“lien-absent”>Séparer l’homme de l’artiste</span> · Irréversible (Gaspard Noé) · <span class=“lien-absent”>Le Cinéma indépendant américain</span> · <span class=“lien-absent”>La Structure narrative</span>