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Pickpocket (Robert Bresson)

Le film-manifeste de l'ascèse bressonienne — l'histoire d'un voleur à la tire où le vol devient une quête métaphysique de la grâce. ⭐ Un voleur et sa rédemption.

Le film-manifeste de l’ascèse bressonienne — l’histoire d’un voleur à la tire où le vol devient une quête métaphysique de la grâce.

Un voleur et sa rédemption. Pickpocket (1959) de Robert Bresson suit Michel, jeune homme solitaire et orgueilleux qui se met à voler à la tire dans le Paris des gares et du métro. Le film montre, dans de longues scènes quasi chorégraphiques, la virtuosité des mains qui dérobent portefeuilles et montres. Michel se croit supérieur, « au-dessus » de la morale commune — jusqu’à ce que l’amour d’une femme, Jeanne, et sa propre chute le conduisent, en prison, à une forme de salut. Fin bouleversante : « Ô Jeanne, pour aller jusqu’à toi, quel drôle de chemin il m’a fallu prendre. »

🔑 L’ascèse et la grâce. 🔑 Pickpocket incarne le « cinématographe » de Bresson : dépouillement radical. Des acteurs NON professionnels (les « modèles ») au jeu neutre, sans expression ; une voix off plate ; aucun effet, aucune emphase ; le sonore (les bruits, les mains) plus que l’image spectaculaire. Sous l’intrigue policière se cache une quête SPIRITUELLE : le vol comme transgression orgueilleuse, la chute comme voie paradoxale vers la GRÂCE et la rédemption (thème chrétien, inspiré de Crime et Châtiment de Dostoïevski). L’extérieur froid cache une intensité intérieure brûlante.

⚠️ Esprit critique. (1) Austérité assumée, exigeante : le refus de toute émotion « facile » (pas de musique appuyée, jeu atone, lenteur) peut dérouter — certains y voient de la froideur, un maniérisme. Mais c’est un CHOIX radical : Bresson veut atteindre une vérité intérieure que le « cinéma » spectaculaire, selon lui, trahit. On adhère ou on résiste, mais la cohérence est totale. 🔑 (2) Influence immense : Pickpocket est un film-source pour tout le cinéma d’auteur. Sa scène de vol chorégraphiée, sa fin, son ascèse ont inspiré Scorsese, Schrader (qui lui a consacré un livre, Le Style transcendantal), Haneke, les Dardenne. Un film modeste devenu matrice — preuve que l’influence artistique ne se mesure pas au succès public. (3) Grâce laïque ou chrétienne ? Bresson est explicitement catholique (la rédemption, le salut par la chute). Mais son film touche aussi les spectateurs non croyants : la transformation de Michel peut se lire en termes purement humains (l’orgueil, la solitude, l’ouverture à l’autre par l’amour). Une œuvre religieuse dont la portée déborde la religion — signe des grandes œuvres.

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