L'Encyclopédie
Accueil · Art & Culture · Cinéma

La Nouvelle Vague

Art & Culture → Cinéma → Mouvement (France, ~1958-1968) — La Nouvelle Vague est le mouvement qui a révolutionné le cinéma mondial à la fin des années 1950.

Art & Culture → Cinéma → Mouvement (France, ~1958-1968)


Enjeu global

La Nouvelle Vague est le mouvement qui a révolutionné le cinéma mondial à la fin des années 1950. Un groupe de jeunes critiques des Cahiers du cinéma, passionnés et sans formation classique, passent derrière la caméra et font exploser les règles du cinéma français académique (le “cinéma de qualité” qu’ils méprisent). L’enjeu : affirmer que le cinéma est l’œuvre d’un auteur (comme un roman a son romancier), tourner libre, vite et pas cher, dans la rue, avec un langage neuf. Leur influence a tout changé, du Nouvel Hollywood au cinéma indépendant contemporain.

Dimension technique / la rupture

La “politique des auteurs”

  • Le manifeste : François Truffaut, dans son article “Une certaine tendance du cinéma français” (Cahiers du cinéma, 1954), attaque le cinéma français de studio (scénaristes, adaptations littéraires léchées) et défend la politique des auteurs : le vrai film porte la vision personnelle d’un metteur en scène, sa “signature”, même dans le cinéma de genre hollywoodien (ils réhabilitent Hitchcock, Hawks, Ford comme auteurs). Concept exporté sous le nom d’auteur theory (Andrew Sarris aux USA).

Les innovations de tournage (la liberté technique)

  • Caméra légère portée à l’épaule, pellicule plus sensible (tourner en lumière naturelle), son direct : on quitte le studio pour la rue, les vrais appartements, Paris.
  • Petits budgets, équipes réduites, tournage rapide et improvisé.
  • Innovations de montage : le jump cut (faux raccord, sauts dans le temps — À bout de souffle), l’adresse à la caméra, les digressions, la voix off, le mélange des tons. Refus de la “transparence” hollywoodienne : le film montre qu’il est un film.
  • Acteurs jeunes et peu connus (Jean-Paul Belmondo, Jean-Pierre Léaud, Anna Karina, Jeanne Moreau).

Les grands cinéastes

Le “groupe des Cahiers” (le noyau)

  • François Truffaut : le plus tendre et romanesque. Les Quatre Cents Coups (1959, prix de la mise en scène à Cannes — l’acte de naissance du mouvement), Jules et Jim (1962), le cycle Antoine Doinel. → 🔗 Truffaut — Le Cinéma de l’Enfance et du Sentiment
  • Jean-Luc Godard : le plus radical et théoricien. À bout de souffle (1960, le film-choc : jump cuts, désinvolture, Belmondo/Seberg), Le Mépris (1963), Pierrot le fou (1965). Plus tard, virage politique et expérimental (La Chinoise, groupe Dziga Vertov). Sa formule : “Ce n’est pas une image juste, c’est juste une image.” → 🔗 Godard — Le Cinéma comme Pensée et Rupture
  • Claude Chabrol : le cinéaste de la province et de la bourgeoisie disséquée, héritier de Hitchcock (Le Beau Serge, 1958, souvent dit premier film de la NV ; Les Bonnes Femmes, Le Boucher). → 🔗 Chabrol — Le Disséqueur de la Bourgeoisie
  • Éric Rohmer : le moraliste du marivaudage et de la parole (les Contes moraux : Ma nuit chez Maud, Le Genou de Claire). Films bavards, lumineux, sur le désir et le scrupule. → 🔗 Rohmer — Le Moraliste du Marivaudage
  • Jacques Rivette : le plus expérimental et long (Out 1, ~13 h ; Céline et Julie vont en bateau), le cinéma du complot et du jeu. → 🔗 Rivette — Le Cinéma du Complot et du Jeu

Le groupe “Rive gauche” (plus littéraire et politique)

Figures tutélaires et cas particuliers (à bien distinguer)

  • Robert Bresson : ⚠️ n’est pas de la Nouvelle Vague (il est plus âgé, déjà établi), mais en est une figure tutélaire admirée. Son cinéma ascétique (acteurs non professionnels qu’il appelle “modèles”, jeu neutre, dépouillement spirituel — Pickpocket 1959, Au hasard Balthazar 1966) a profondément influencé les jeunes auteurs et tout le cinéma d’auteur. → 🔗 Bresson — L’Ascèse et la Grâce
  • Jean-Pierre Melville : autre aîné indépendant, modèle de liberté de production pour la NV. → 🔗 Melville — Le Parrain du Film Noir
  • Paul Vecchiali : cinéaste un peu postérieur et marginal (actif surtout des années 1970 à 2010s), proche de l’esprit “auteur” et défenseur passionné du cinéma français des années 1930 ; figure culte et indépendante (Femmes femmes, Corps à cœur), héritière de la liberté de la NV plus que membre du mouvement initial. → 🔗 Vecchiali — Le Franc-Tireur

Dimension symbolique / les débats

1. Une révolution mondiale

  • Thèse : la NV a libéré le cinéma — prouvé qu’on pouvait filmer pauvre, libre et personnel. Influence directe sur le Nouvel Hollywood (Scorsese, Coppola — voir Spielberg — Le Cinéma de l’Émerveillement et de la Mémoire), les nouvelles vagues du monde entier (tchèque, brésilienne, le cinéma indépendant). La “politique des auteurs” reste le cadre dominant pour penser le cinéma comme art.
  • Contradicteur : on a reproché à la NV son intellectualisme, son nombrilisme (des films de cinéphiles pour cinéphiles), un certain sexisme (peu de réalisatrices reconnues à part Varda), et son côté bourgeois parisien.

2. La politique des auteurs : géniale ou réductrice ?

  • Thèse : elle a élevé le metteur en scène au rang d’artiste et permis de prendre au sérieux le cinéma populaire.
  • Contradicteur : le cinéma est un art collectif (scénariste, chef op, monteur, acteurs) — tout attribuer à un “auteur” unique est un mythe romantique. Débat toujours vif.

En bref

  1. Nouvelle Vague (France, ~1958-68) : de jeunes critiques des Cahiers du cinéma passent à la réalisation et révolutionnent le cinéma.
  2. Manifeste : la politique des auteurs (Truffaut, 1954) — le film comme œuvre d’un auteur.
  3. Technique : caméra légère, décors réels, petits budgets, jump cut, refus de l’académisme.
  4. Cinéastes : Truffaut (400 Coups), Godard (À bout de souffle), Chabrol, Rohmer, Rivette ; groupe Rive gauche (Resnais, Varda, Marker, Demy).
  5. À distinguer : Bresson (figure tutélaire admirée, pas membre) et Vecchiali (héritier indépendant postérieur). Influence mondiale (Nouvel Hollywood) ; critiquée pour son intellectualisme.

🔗 Notes connexes