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Le Cinéma Africain

Art & Culture → Cinéma → Aire & mouvement (depuis 1960) — Le cinéma africain naît avec les indépendances (années 1960) et porte un défi unique : reprendre la maîtrise de sa propre image.

Art & Culture → Cinéma → Aire & mouvement (depuis 1960)


Enjeu global

Le cinéma africain naît avec les indépendances (années 1960) et porte un défi unique : reprendre la maîtrise de sa propre image. Pendant la colonisation, l’Afrique était filmée par d’autres (le cinéma colonial, l’exotisme, Tarzan) — et les colonisés avaient même été interdits de tourner (le décret Laval, 1934, soumet tout tournage en AOF à autorisation). Faire un cinéma africain, c’est donc un acte de décolonisation du regard : se raconter soi-même (voir Pensée et Littérature Décoloniales, Frantz Fanon).

Dimension technique / histoire et formes

Les pères fondateurs

  • Ousmane Sembène (Sénégal), “père du cinéma africain” : écrivain devenu cinéaste pour toucher un public non lettré (l’image plutôt que le livre). La Noire de… (1966) — souvent cité comme le premier long-métrage d’un réalisateur d’Afrique subsaharienne : une domestique sénégalaise exploitée en France se suicide ; charge contre le néocolonialisme. Xala (1975, satire de la bourgeoisie post-indépendance), Camp de Thiaroye (1988), Moolaadé (2004, contre l’excision).
  • Autres pionniers : Med Hondo (Mauritanie, Soleil Ô), Djibril Diop Mambéty (Sénégal, Touki Bouki, 1973, film culte et expérimental), Souleymane Cissé (Mali, Yeelen, 1987, prix à Cannes).

Les institutions et les formes

  • Le FESPACO (Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou, Burkina Faso, depuis 1969) : la grande vitrine, le “Cannes africain”, avec son prix l’Étalon de Yennenga.
  • Caractéristiques : budgets très faibles (souvent financés par l’ex-métropole, paradoxe), ancrage dans l’oralité et le conte (le cinéaste comme griot moderne), rythme propre, langues locales, mélange du réel et du mythe (proche du réalisme magique), critique sociale et politique.

Nollywood et la révolution populaire

  • Nollywood (Nigeria, depuis ~1992) : un cinéma populaire, à très bas coût, tourné en vidéo puis en numérique, diffusé en DVD et en streaming. Devenu l’une des plus grandes industries de films au monde en volume (des milliers de films par an, derrière l’Inde, devant Hollywood en nombre de titres). Mélodrames, comédies, récits surnaturels — un cinéma commercial et de masse, à l’opposé du cinéma d’auteur engagé des fondateurs.
  • Autres pôles : le cinéma égyptien (très ancien, “Hollywood du Nil”), le cinéma sud-africain (post-apartheid), les nouvelles générations (Mati Diop, Atlantique, Grand Prix Cannes 2019).

Dimension symbolique / les débats

1. Décoloniser l’image

  • Thèse : le cinéma africain répond à des décennies de représentations occidentales de l’Afrique (sauvage, exotique, objet et non sujet). Filmer soi-même = exister comme sujet de son histoire (lien direct avec Fanon, Said et l’orientalisme, La Philosophie Africaine).
  • Contradicteur : le paradoxe du financement — beaucoup de films d’auteur africains ont longtemps dépendu de l’argent français/européen (fonds, coproductions), d’où la critique : à qui s’adressent-ils vraiment (festivals occidentaux vs publics africains) ? Nollywood, lui, est autofinancé et populaire, mais jugé esthétiquement pauvre par la critique d’auteur. Tension art/industrie, local/export.

2. Un ou des cinémas africains ?

  • Thèse : “le cinéma africain” est une commodité de langage — un continent de 54 pays, des centaines de langues, des traditions opposées (le cinéma engagé sahélien, Nollywood, le cinéma du Maghreb, sud-africain). Parler d’un cinéma africain peut reconduire un regard globalisant.
  • Référence : débat parallèle à celui de La Philosophie Africaine (l’Afrique comme catégorie en partie inventée — Mudimbe).

En bref

  1. Le cinéma africain naît avec les indépendances (1960s) comme acte de décolonisation du regard (après le cinéma colonial et le décret Laval interdisant aux colonisés de filmer).
  2. Père fondateur : Ousmane Sembène (La Noire de…, 1966) — le cinéaste comme griot s’adressant aux non-lettrés ; aussi Mambéty, Cissé, Hondo.
  3. Institution clé : le FESPACO (Ouagadougou, depuis 1969).
  4. Nollywood (Nigeria) : cinéma populaire, à bas coût, de masse — l’une des plus grosses industries mondiales en volume.
  5. Débats : le paradoxe du financement (auteur dépendant de l’Europe vs Nollywood autofinancé) ; “un ou des” cinémas africains ?

🔗 Notes connexes

Fiches qui citent celle-ci (3)