La La Land (Damien Chazelle, 2016)
Art & Culture → Cinéma → Film (États-Unis, 2016) « Here’s to the ones who dream. » — une comédie musicale amoureuse de l’âge d’or hollywoodien, portée par la question : peut-on tout avoir, le rêve et l’amour ?
Fiche d’identité
- Titre : La La Land. Réalisation & scénario : Damien Chazelle. Image : Linus Sandgren. Musique : Justin Hurwitz.
- Casting : Ryan Gosling (Sebastian, pianiste de jazz), Emma Stone (Mia, actrice débutante), John Legend (Keith).
- Faits marquants : 6 Oscars en 2017, dont meilleur réalisateur (Chazelle, le plus jeune de l’histoire à 32 ans) et meilleure actrice (Stone), plus photographie, décors, musique et chanson (« City of Stars »). Célèbre erreur d’enveloppe aux Oscars 2017 : La La Land est proclamé meilleur film par erreur, avant que Moonlight — le vrai lauréat — ne soit rétabli en direct.
Synopsis
À Los Angeles, Mia enchaîne les castings ratés en servant des cafés, Sebastian rêve d’ouvrir son club pour sauver le jazz « pur ». Ils se croisent, se repoussent, puis s’aiment au fil des saisons. Mais la réussite de chacun — la carrière de Mia, les tournées de Seb dans un groupe pop qu’il méprise — étire le couple. Cinq ans plus tard, Mia est une star mariée à un autre ; elle entre par hasard dans le club de Seb. Un montage du « et si… » rejoue la vie qu’ils n’ont pas vécue, avant un dernier regard, doux-amer.
Analyse
1. Une lettre d’amour au musical et à Jacques Demy
Le film cite ouvertement l’âge d’or hollywoodien (Astaire-Rogers, Chantons sous la pluie) et surtout Jacques Demy (Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort) : couleurs saturées, chant du quotidien, et surtout une fin qui refuse le happy end. Chazelle réinvente un genre presque mort pour le grand public.
2. Le rêve contre l’amour
Le cœur du film est un dilemme tragique : la poursuite de l’ambition personnelle est ce qui les a réunis et ce qui les sépare. La fin refuse le mensonge du « on peut tout avoir » : ils ont réalisé leurs rêves, mais pas ensemble. La nostalgie n’est pas un décor, c’est le sujet.
Mise en scène
- Numéros en (faux) plan-séquence : l’ouverture « Another Day of Sun » sur l’autoroute, la danse à l’observatoire en apesanteur (cf. Le Plan-séquence).
- Palette et lumière : robes primaires, ciels crépusculaires, spots théâtraux qui isolent les corps du réel.
- Le CinemaScope et les fondus qui découpent le récit en saisons, structure de mélodrame musical.
Esprit critique
- Nostalgie « blanche » et question raciale : le film confie à un pianiste blanc la mission de « sauver » le jazz, musique noire, tandis que le personnage de John Legend — le musicien noir qui modernise (et commercialise) le genre — est présenté comme le compromis « vendu ». Plusieurs critiques y ont vu un angle mort gênant.
- « Surcôté » ou chef-d’œuvre pop ? : ses 14 nominations et son triomphe ont nourri un backlash — film trop lisse, chanteurs-danseurs amateurs, sentimentalité facile. Ses défenseurs répondent : la maladresse assumée des interprètes fait la sincérité du film, et sa fin amère le sauve du sucre.
En bref
- La La Land (Chazelle, 2016) : comédie musicale-hommage à Hollywood et à Demy, 6 Oscars, sur le conflit entre le rêve et l’amour. Fin douce-amère (le montage du « et si… »). Marquée par l’erreur d’enveloppe de 2017 et par un débat sur sa nostalgie et sa mise à l’écart du jazz noir.