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Bruno Latour

Philosophie → Sociologie et anthropologie des sciences → Auteur (XXe-XXIe s.) — Bruno Latour est un philosophe, sociologue et anthropologue des sciences français, l'un des penseurs des sciences…

Philosophie → Sociologie et anthropologie des sciences → Auteur (XXe-XXIe s.)


L’essentiel

Bruno Latour est un philosophe, sociologue et anthropologue des sciences français, l’un des penseurs des sciences humaines les plus cités et traduits au monde. Son geste central : appliquer les outils de l’ethnographie à la science elle-même, pour observer comment se fabriquent concrètement les faits, les théories et les objets techniques. De ce laboratoire, il tire une redescription complète de ce que nous appelons « nature », « société » et « modernité » — puis, sur le tard, un appel à repenser la politique à l’ère du dérèglement climatique.

Idées-clés

🔑 (1) La sociologie des sciences (La Vie de laboratoire, avec Steve Woolgar, 1979) : en observant des biologistes au travail, Latour montre que les faits scientifiques sont construits — négociés, stabilisés par des instruments, des articles, des controverses. Attention : « construit » ne veut pas dire « faux » ou arbitraire ; cela veut dire fabriqué, comme on fabrique une preuve solide.

🔑 (2) La théorie de l’acteur-réseau (ANT) : pour comprendre une situation, il faut suivre les réseaux qui relient des acteurs hétérogènes — et ces acteurs ne sont pas que des humains. Les non-humains (un microbe, une clé, un dos-d’âne, un logiciel) agissent aussi, orientent les conduites. Latour refuse de séparer d’avance le social du technique.

🔑 (3) « Nous n’avons jamais été modernes » (1991) : la modernité repose sur un « grand partage » entre nature (les faits) et culture (les valeurs). Or ce partage est une fiction : nous n’avons jamais cessé de produire des hybrides (le trou dans la couche d’ozone est à la fois naturel, technique et politique). À rapprocher de Philippe Descola.

🔑 (4) Le tournant écologique (Où atterrir ?, 2017 ; Face à Gaïa) : Latour fait du climat la grande question politique et invente la figure du « Terrestre » — habiter enfin la Terre plutôt que de fuir vers un ailleurs abstrait.

⚠️ Esprit critique

Latour a été accusé d’alimenter un relativisme dangereux : si les faits sont « construits », les climatosceptiques peuvent s’en emparer pour disqualifier la science du climat. Latour lui-même a regretté cet usage et combattu ce détournement (Why Has Critique Run Out of Steam?, 2004), en distinguant construire et déconstruire. Son style déroutant et son vocabulaire (« actant », « traduction ») rebutent une partie des lecteurs. Enfin, l’ANT est discutée : en refusant de hiérarchiser les acteurs, dilue-t-elle les rapports de pouvoir et les responsabilités ? Ses défenseurs répondent qu’elle rend justement visibles des acteurs longtemps ignorés.

À retenir

Latour a transformé notre regard sur la science (fabriquée sans être fausse), effacé la frontière nature/culture, donné voix aux non-humains (ANT), puis fait du climat l’enjeu politique majeur. Génial et contesté, il illustre le risque d’une critique qui, mal reçue, se retourne contre elle-même.

🔗 Liens

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