Politique → Racisme & définitions → Comment définir l’antisémitisme ? Un texte de 2021 qui propose une alternative — et relance une bataille très sensible.
⚠️ Sujet très sensible et politisé (antisémitisme, conflit israélo-palestinien). Cette fiche décrit un débat entre positions légitimes et ne tranche pas. À lire avec rigueur et présomption de bonne foi de tous les camps.
L’essentiel
La Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme (Jerusalem Declaration on Antisemitism, JDA), lancée le 25 mars 2021 par quelque 200 universitaires (spécialistes de la Shoah, des études juives et du Moyen-Orient), propose une définition de l’antisémitisme. Elle a été rédigée en réaction à la définition dite de l’IHRA (2016), jugée par ses auteurs floue et trop ouverte à des usages abusifs. Son but affiché : mieux combattre l’antisémitisme tout en protégeant la liberté d’expression, notamment la critique de l’État d’Israël.
🔑 Ce que dit le texte
🔑 La définition-socle : « L’antisémitisme est la discrimination, le préjugé, l’hostilité ou la violence contre les Juifs en tant que Juifs (ou contre des institutions juives en tant que juives). » — courte, centrée sur les Juifs comme cible. 🔑 Structure : un préambule, la définition, et 15 lignes directrices réparties en trois blocs — (a) l’antisémitisme en général, (b) ce qui, à propos d’Israël/Palestine, EST antisémite, © ce qui N’EST PAS antisémite en soi. 🔑 Sont antisémites (exemples JDA) : appliquer aux Juifs les stéréotypes classiques (complot, pouvoir, argent), nier ou banaliser la Shoah, tenir les Juifs collectivement responsables de la conduite d’Israël, refuser aux Juifs, en tant que Juifs, le droit à l’existence et à l’épanouissement. 🔑 NE sont PAS antisémites en soi (exemples JDA) : critiquer ou s’opposer au sionisme, soutenir des droits égaux pour tous « du Jourdain à la mer », le boycott (BDS) non violent, comparer Israël à d’autres situations (colonialisme, apartheid) — tant qu’il ne s’agit pas d’un prétexte à la haine des Juifs.
⚠️ Le débat (les deux camps)
- Pour la JDA : elle serait plus précise et opérationnelle que l’IHRA, et protège la critique politique légitime d’Israël, la parole palestinienne et la liberté académique — évitant qu’« antisioniste » soit automatiquement assimilé à « antisémite ».
- Contre la JDA : de nombreuses institutions juives et défenseurs de l’IHRA la jugent trop permissive — elle dédouanerait, selon eux, des formes d’hostilité (anti-sionisme radical, certaines campagnes BDS) qu’ils tiennent pour antisémites ; des critiques (ex. think tanks pro-israéliens) vont jusqu’à la dire dangereuse.
- L’enjeu réel : le pouvoir de définir. Derrière la querelle « JDA vs IHRA » se joue qui décide de la frontière entre critique d’Israël et antisémitisme — question aux effets concrets (universités, financements, sanctions, débats publics). Aucune définition n’est neutre ni juridiquement contraignante.
- Ni caution ni disqualification : reconnaître que la JDA existe et est portée par des spécialistes sérieux n’oblige pas à l’adopter ; la critiquer n’est pas en soi malhonnête. C’est un débat ouvert entre gens de bonne foi.
À retenir
La JDA (2021) est une définition savante de l’antisémitisme, alternative à celle de l’IHRA : définition courte + 15 lignes directrices qui distinguent explicitement ce qui, autour d’Israël/Palestine, est ou n’est pas antisémite. Elle veut combattre l’antisémitisme sans museler la critique d’Israël. Très débattue : saluée comme plus précise et protectrice de la liberté d’expression, ou critiquée comme trop permissive. L’enjeu de fond : qui trace la ligne entre antisionisme et antisémitisme.
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