Art & Culture → Cinéma → Film (États-Unis / Royaume-Uni, 2018) Une SF de l’étrange où l’ennemi n’est pas un monstre mais notre propre pulsion d’autodestruction — l’adaptation très libre du roman de VanderMeer.
Fiche d’identité
- Réalisation & scénario : Alex Garland (son 2e film après Ex Machina), d’après le roman de Jeff VanderMeer.
- Sortie : 2018. Musique : Geoff Barrow & Ben Salisbury (le thème synthétique du phare, marquant).
- Casting : Natalie Portman (Lena), Jennifer Jason Leigh (Dr Ventress), Tessa Thompson (Josie), Gina Rodriguez (Anya), Tuva Novotny (Cass), Oscar Isaac (Kane).
- Distribution : sorti en salles aux USA, mais vendu à Netflix pour l’international — Paramount jugeant le film « trop cérébral » (voir Esprit critique).
Synopsis
Lena, biologiste cellulaire et ex-militaire, voit revenir son mari Kane, disparu un an lors d’une mission secrète — méconnaissable, mourant. Elle intègre alors une expédition de quatre femmes scientifiques dans le « Chatoiement » (the Shimmer), une zone irisée en expansion née de l’impact d’une météorite sur un phare. À l’intérieur, le Chatoiement réfracte tout, y compris l’ADN : la nature y mute et s’hybride (fleurs en forme humaine, arbres de cristal, un ours qui hurle avec une voix humaine). À mesure qu’elles avancent vers le phare, les membres de l’équipe se désagrègent — physiquement et psychiquement.
Analyse
1. L’autodestruction plutôt que la destruction
L’ajout majeur de Garland au roman : le thème de l’autodestruction. Ventress le formule — « presque aucun de nous ne se suicide, presque tous nous nous autodétruisons ». Chaque personnage porte une blessure (deuil, maladie, addiction, adultère) et entre dans le Chatoiement comme dans une pulsion de mort. L’« annihilation » vient autant du dedans que du dehors.
2. Le cancer comme métaphore
Lena étudie la division cellulaire et le cancer. Le Chatoiement agit comme une prolifération incontrôlée : il duplique, mélange, transforme sans fin — une image organique de la maladie et de la mutation. La SF devient métaphore biologique du corps qui se retourne contre lui-même.
3. Le double et l’inconnaissable (le climax du phare)
Au phare, Lena affronte une entité qui la copie : une chorégraphie hypnotique avec son double. L’alien ne détruit pas, il imite et réfracte. Le film garde le refus d’explication du New Weird : la fin est ambiguë (le regard de Lena « chatoie » au retour — est-elle encore elle-même ?).
Mise en scène
- Beauté et horreur mêlées : palette irisée, images oniriques, contrastées par des pics d’horreur (la scène de l’ours reste un sommet de terreur).
- Structure en flashbacks : le récit est encadré par l’interrogatoire de Lena après sa sortie, distillant le doute sur ce qu’elle est devenue.
- Score anxiogène : nappes synthétiques + guitare acoustique, jusqu’au motif dissonant du phare.
Esprit critique
- Fidélité vs trahison du roman. Garland dit avoir adapté le livre de mémoire : l’intrigue diverge fortement (le double, l’autodestruction, le cancer sont ses ajouts). Débat classique de l’adaptation : infidèle à la lettre, mais fidèle à l’esprit weird de l’inconnaissable.
- « Trop intelligent pour le public » ? Le studio, effrayé par les projections-test, a bradé la distribution mondiale à Netflix. Cas d’école du conflit entre SF exigeante et logique commerciale — succès critique, échec au box-office.
- Companion de Ex Machina. Comme le premier film de Garland, il interroge l’altérité et la frontière de l’humain, mais déplace la question de l’IA vers le vivant et la nature.
En bref
- Annihilation (Garland, 2018) : quatre scientifiques explorent le « Chatoiement », une zone où l’ADN mute. Sous la SF, une méditation sur l’autodestruction, le cancer et le double. Adaptation très libre de VanderMeer ; classique instantané de la SF cérébrale.
Liens
- Annihilation (Jeff VanderMeer) · <span class=“lien-absent”>La New Weird</span> · <span class=“lien-absent”>La Science-fiction</span> · Horreur (cinéma) · L’Adaptation — Du Texte à l’Écran · Le Sublime