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Les Nanars

Art & Culture → Cinéma → Le film si mauvais qu'il en devient génial — une cinéphilie de la marge et de l'échec sincère.

Les Nanars

Art & Culture → Cinéma → Le film si mauvais qu’il en devient génial — une cinéphilie de la marge et de l’échec sincère.


L’essentiel

Un nanar est un film raté mais si drôlement, si étrangement mauvais qu’il en devient jubilatoire à regarder — le fameux « so bad it’s good ». Ce n’est pas un simple mauvais film : c’est une catégorie affectueuse de la cinéphilie, tout un art de savourer l’échec. Le terme est français (popularisé notamment par le site Nanarland).

Idées-clés

  • Nanar ≠ navet ≠ film culte. Le navet est juste mauvais et ennuyeux (il ne procure aucun plaisir). Le nanar est mauvais et jouissif (il en procure). Le film culte peut être excellent : le nanar, lui, est aimé à cause de ses défauts.
  • La clé : la SINCÉRITÉ. Le vrai nanar naît d’un film qui se prend au sérieux et échoue spectaculairement : effets spéciaux fauchés, dialogues absurdes, jeu catastrophique, incohérences, ambition démesurée pour zéro moyen. C’est le décalage entre l’intention grave et le résultat grotesque qui crée le plaisir.
  • Les archétypes : Ed Wood (Plan 9 from Outer Space, « le pire film de tous les temps »), Tommy Wiseau (The Room, 2003, nanar culte moderne), Troll 2, Birdemic, les Z-movies turques/italiennes (Bruno Mattei, Godfrey Ho), le Steven Seagal tardif. Souvent projetés en séances de minuit, entre initiés.
  • La parenté du « camp » : le nanar recoupe le camp (Susan Sontag, Notes on Camp) — l’amour du kitsch, de l’exagéré, du « raté sublime ».

⚠️ Esprit critique

  1. Le nanar « volontaire » existe-t-il ? Débat central : des films fabriqués pour être mauvais (Sharknado et cie) peuvent-ils être de vrais nanars ? Les puristes disent non : le charme exige la sincérité — l’ironie ne se décrète pas, un mauvais film calculé sonne faux.
  2. Une vraie posture cinéphile — ou du mépris ? Aimer les nanars, c’est aimer le cinéma par ses marges et ses échecs (une curiosité généreuse). Mais rire d’un effort sincère qui a échoué a aussi une part cruelle — d’où la nuance : le meilleur amateur de nanars y met de la tendresse, pas du dédain.
  3. Un révélateur. Le nanar rappelle, en creux, tout ce qu’un « bon » film réussit sans qu’on le remarque (rythme, jeu, montage) : on apprend le cinéma en regardant celui qui rate tout.

À retenir

Le nanar est le film raté mais jouissif (« so bad it’s good ») — à distinguer du navet (mauvais et ennuyeux) et du film culte (souvent excellent). Sa magie tient à la sincérité de l’échec : un film qui vise haut et se plante avec grâce (Ed Wood, The Room). Une cinéphilie de la marge, cousine du camp, où le débat-clé reste : peut-on faire un nanar exprès ? (les puristes disent non). À pratiquer avec tendresse, pas avec mépris.

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