L'Encyclopédie

Le Kitsch

Le « mauvais goût » érigé en catégorie — nain de jardin, dorures et bons sentiments : ce qu'on méprise en dit long sur ce qu'on valorise. ⭐ Le toc et le trop.

Le « mauvais goût » érigé en catégorie — nain de jardin, dorures et bons sentiments : ce qu’on méprise en dit long sur ce qu’on valorise.

Le toc et le trop. Le kitsch (mot allemand, ~XIXe siècle) désigne un style jugé de MAUVAIS GOÛT : too much, criard, sentimental, imitation de luxe (fausses dorures, faux marbre), objets clichés (nain de jardin, couchers de soleil sur velours, angelots). Il se caractérise par l’excès, la facilité émotionnelle, l’accumulation, et l’imitation « à bon marché » du beau et du prestigieux. Produit de masse par excellence, il vise à plaire immédiatement, sans exigence.

🔑 Le kitsch comme miroir social. 🔑 Le kitsch n’est pas qu’une question de goût : c’est un CONCEPT critique. Pour des penseurs comme Clement Greenberg ou Milan Kundera, il représente l’art qui FLATTE au lieu de questionner, qui donne des émotions faciles et convenues (l’« attendrissement » automatique). Kundera va loin : le kitsch est « la négation de la merde », le refus de tout ce qui dérange dans l’existence — un embellissement mensonger du monde. Il y voit même une dimension POLITIQUE : les régimes totalitaires adorent le kitsch (l’imagerie héroïque, les enfants souriants, le « bonheur » officiel obligatoire).

⚠️ Esprit critique. (1) « Mauvais goût » selon QUI ? Juger quelque chose « kitsch » est un acte de DISTINCTION sociale (Bourdieu) : les classes cultivées définissent le « bon goût » (sobre, savant) contre le goût « populaire » (le kitsch), affirmant ainsi leur supériorité. Mépriser le nain de jardin, c’est aussi mépriser ceux qui l’aiment. Le jugement esthétique est souvent un jugement de CLASSE déguisé. 🔑 (2) Le kitsch réhabilité : l’art contemporain a RETOURNÉ le kitsch — le pop art, Jeff Koons (ses ballons géants, ses statues dorées) l’assument et le revendiquent avec ironie, brouillant la frontière art « noble »/kitsch. Ce qu’une époque méprise, une autre le célèbre (cf. L’Art Nouveau). Les hiérarchies du goût sont instables et révisables. (3) Aimer le kitsch, un droit : au-delà du snobisme, on peut assumer le plaisir « coupable » du kitsch (le « camp », la jouissance ironique ou sincère du toc). Pourquoi le plaisir esthétique devrait-il toujours être « sérieux » et « difficile » ? Le débat sur le kitsch interroge notre droit au plaisir simple face à la tyrannie du « bon goût » (cf. La Comédie Musicale).

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