Conte → Le sommeil de cent ans : le temps suspendu, l’attente et le réveil
Le conte
Une fée oubliée maudit la princesse : à quinze ans, elle se piquera à un fuseau et en mourra. Une bonne fée adoucit le sort en sommeil de cent ans. Le sort s’accomplit ; la princesse et tout le château s’endorment, envahis d’épines. Un prince la découvre et la réveille. (La 2ᵉ partie sombre de Perrault, avec la belle-mère ogresse, est souvent oubliée.)
📖 Dimension littéraire
- Deux mouvements : le conte merveilleux du sommeil (partie 1) + un récit noir d’ogresse (partie 2) que Perrault ajoute — rappel que le conte « lissé » (Disney) coupe la violence originelle.
- Le motif du temps figé : ressort narratif fort (le château endormi, la nature qui reprend ses droits).
🧬 Dimension psychanalytique
- Bettelheim : le sommeil = l’adolescence, période de repli et de maturation intérieure ; la piqûre (le sang) = la puberté ; le long sommeil dit à l’enfant qu’il ne faut pas précipiter la croissance — le réveil (l’amour) vient « en son temps ».
- La Belle passive : l’héroïne dort — l’objet du désir, non le sujet (lecture féministe : le féminin réduit à l’attente et à la beauté endormie).
🌍 Dimension anthropologique
- Le sommeil initiatique : la mort symbolique (dormir cent ans) précède la renaissance à un nouveau statut (épouse, reine) — schéma universel de l’initiation (Van Gennep).
- La malédiction et le don : les fées = les Parques/fées-marraines qui fixent le destin à la naissance — trace des rites de nomination et de la croyance au destin.
🏛 Dimension philosophique
- Le temps suspendu : le conte joue de l’arrêt du temps — l’attente, la jeunesse conservée hors du temps ; méditation sur la durée, la patience et le kairos (le bon moment).
- Le destin qu’on adoucit : on ne peut annuler la malédiction, seulement l’atténuer — tragique voilé (voir Le Tragique).
🔣 Dimension symbolique
- Le fuseau/l’aiguille = le sang, la puberté, la blessure ; les épines = les obstacles protégeant la virginité/l’inaccessible ; le sommeil = mort et attente ; le réveil = passage à la vie adulte et au désir (Éros).
À retenir
La Belle au bois dormant (Perrault, 1697) : une princesse maudite dort cent ans avec tout le château, jusqu’au réveil par un prince. Littérairement, deux mouvements (merveille + récit noir de l’ogresse, souvent coupé). Psychanalytiquement (Bettelheim), le sommeil = maturation adolescente (ne pas précipiter la croissance), et une héroïne passive. Anthropologiquement, le sommeil initiatique (mort symbolique/renaissance) et les fées-Parques du destin. Philosophiquement, le temps suspendu et le destin qu’on adoucit sans annuler.
🔗 Liens
Fiches qui citent celle-ci (1)
- Charles Perrault Littérature