L’émotion qui compare ce qui est à ce qui aurait pu être — la plus douloureuse, mais peut-être la plus utile.
⭐ De quoi il s’agit. Le regret est une émotion négative et cognitive : on se sent mal non pas à cause de ce qui est arrivé, mais parce qu’on imagine une meilleure issue que nos propres choix auraient permise. Il repose donc sur la pensée contrefactuelle (counterfactual thinking) : simuler mentalement des mondes alternatifs (« si seulement j’avais… »). C’est une émotion de la responsabilité — on regrette surtout ce qu’on croit avoir dépendu de soi (à distinguer de la simple déception, causée par le sort).
🔑 Ce que dit la recherche. 🔑 (1) Contrefactuels ascendants vs descendants. On peut imaginer pire (« ça aurait pu être pire » — contrefactuel descendant, qui console) ou mieux (« j’aurais dû… » — contrefactuel ascendant, qui fait souffrir mais aide à apprendre). (2) Le paradoxe de la médaille d’argent (Medvec, Madey & Gilovich, 1995) : les médaillés de bronze paraissent souvent plus heureux que les médaillés d’argent — l’argent se compare à l’or manqué (« si près »), le bronze au fait de n’avoir rien eu du tout. La référence imaginée compte plus que le résultat objectif.** 🔑 (3) Action vs inaction — l’effet temporel. À court terme, on regrette davantage ce qu’on a fait (une action ratée, plus saillante et douloureuse). Mais à long terme, ce sont les inactions — les choses qu’on n’a pas osées (ne pas avoir déclaré son amour, tenté ce métier, voyagé) — qui dominent les regrets d’une vie (Gilovich & Medvec). Le regret de long terme est le regret des occasions manquées. (4) L’aversion au regret influence nos décisions : on choisit parfois pour éviter de regretter (rester sur son choix, ne pas vendre une action perdante) — un moteur étudié en économie comportementale (théorie du regret, Loomes & Sugden).**
🔑 (5) Un rôle adaptatif. Loin d’être inutile, le regret signale une erreur, pousse à corriger, à apprendre et à mieux décider ensuite (Daniel Pink, The Power of Regret, 2022, recense quatre grands regrets : de fondation, d’audace, moraux, de connexion). Son absence est pathologique : les personnes lésées au cortex préfrontal (ou certains profils) n’anticipent plus le regret et décident mal — écho du patient de Damasio (cf. Les émotions (cours Paul Bloom)).
⚠️ Esprit critique. (1) Émotion à double tranchant : utile comme signal d’apprentissage, toxique quand elle devient rumination stérile (ressassement sans action), liée à la dépression et à l’anxiété. (2) Sagesse populaire trompeuse : « ne rien regretter » (le No Regrets) est un slogan séduisant mais psychologiquement faux — la recherche montre que le regret bien utilisé améliore les décisions ; l’objectif n’est pas de le supprimer mais de le traiter (en tirer une leçon, puis lâcher). (3) Biais du survivant : on regrette des chemins non pris en oubliant qu’ils auraient aussi pu mal tourner.
🔗 Liens
Fiches qui citent celle-ci (2)
- La Prise de Décision Psychologie
- Le Principe des classements (compétition, courses) Mathématiques