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Hafez

Sages de Perse (5/6) → Entre le vrai, le bien et le beau, le plus accessible est le beau — Chams od-Dîn Mohammad Hafez (v.

Sages de Perse (5/6) → Entre le vrai, le bien et le beau, le plus accessible est le beau


L’essentiel

Chams od-Dîn Mohammad Hafez (v. 1315 – 1390), de Chiraz, est avec Rumi le sommet de la poésie persane — son Divan est un livre quasi sacré en Iran (on l’ouvre au hasard pour y lire son destin). Son surnom, Hafez, signifie « celui qui connaît le Coran par cœur ». Il inspira profondément Goethe (Le Divan occidental-oriental, 1819) et fut commenté par Nietzsche. Il tient une position intermédiaire entre le scepticisme de Khayyam et l’optimisme de Rumi : l’accès au divin est difficile — par la voie initiatique comme par l’amour — mais la meilleure voie est peut-être l’esthétique, le beau. D’où des poèmes d’une beauté littéraire et d’un symbolisme vertigineux.

Ses enseignements clés

  • Dieu caché derrière sa création : « Mon idole a le visage masqué par la jacinthe ; seul le sang du coquelicot lui donne sa teinte. » Au printemps (le renouveau de la nature), le parfum de la jacinthe — fleur des jardins ordonnés — rappelle la présence du Dieu invisible derrière le monde visible. Mais pour apercevoir son visage, il faut sortir du jardin (le mental, la raison) et gagner le champ sauvage où poussent les coquelicots (la vie spirituelle) : chaque fleur cueillie « saigne » et dévoile un peu la teinte du visage divin — jamais le visage entier.
  • Les flèches invisibles : « Il est caché partout et te vise avec des flèches invisibles. » Comme un Éros/Cupidon divin, Dieu rend amoureux de lui ceux qui ont une « constitution spirituelle » — les détachant, parfois malgré eux, du monde matériel, financier, social.
  • Les rois de la lettre à genoux : les grands savants, philosophes et théologiens (« ceux qui évoluent sur la surface du monde ») finissent par « se prosterner avec honte » : leur science ne sert à rien pour rencontrer le divin. Et les dévots eux-mêmes découvrent que la voie de l’amour, la « voie royale », « cache des vagues, des tourbillons et des menaces ». La spiritualité « n’est pas l’affaire de n’importe qui ».
  • Le silence dévoile le mystère du mal : « Seul le silence a ce pouvoir immense de dévoiler son visage et les secrets de l’existence. » Le problème du mal (« ce monde rempli de violence et d’injustice ») est un mystère qui ne se résout pas par le raisonnement mais se dénoue dans l’éveil, atteint par le silence méditatif. Voir La Théodicée.

Dimension symbolique : la description de l’éveil

Hafez est celui qui décrit le mieux l’état d’éveil (une sorte de « rapport » de son expérience) :

  • Voir tout d’un coup : le mental ordinaire est une bougie — pour voir, il faut marcher, se déplacer, découvrir le monde séquentiellement, dans le temps. Dieu est le soleil / le jour : on voit toute la réalité d’un coup, hors du temps. L’éveil, c’est passer de la bougie au soleil.
  • La caméra devient projecteur : en temps normal, les yeux enregistrent un monde qui semble « préexister » à nous (l’arbre « était là avant moi »). Dans l’éveil, les yeux projettent : on voit l’arbre apparaître en même temps que soi, à l’instant présent, en continu. ⚠️ Cela ne veut pas dire que le monde est une illusion qui n’existe pas — erreur fréquente des milieux « spi » — mais qu’il apparaît à chaque instant, notre mémoire en faisant un « temps ». Voir La Conscience, Le Temps.
  • L’éveillé, miroir de Dieu : « Comment dire qu’il existe puisque je ne suis plus là ? Comment affirmer qu’il n’existe pas puisque je le vois ? » Dans l’éveil, l’ego s’éteint (« je ne suis plus là ») — impossible donc de le décrire, tout en le sachant réel (« je le vois »). L’être éveillé n’est pas Dieu, mais son reflet — comme la pleine lune reflète le soleil sans qu’on puisse fixer le soleil.

À retenir

Hafez (~1315-1390, Chiraz, Divan ; inspira Goethe), voie du beau : entre le vrai, le bien et le beau, le beau est le plus accessible au divin. Maître d’un symbolisme extrême — Dieu masqué par la jacinthe (le mental), dévoilé par le coquelicot sauvage (la vie spirituelle) ; les flèches invisibles qui rendent amoureux de Dieu ; les « rois de la lettre » impuissants ; le silence qui seul dénoue le problème du mal. Il décrit l’éveil : voir tout d’un coup (le soleil, hors du temps) plutôt que par bribes (la bougie) ; la perception qui de caméra devient projecteur (le monde apparaît à chaque instant) ; l’ego éteint, l’éveillé simple reflet de Dieu (la lune, non le soleil).

🔗 Liens

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