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Rumi

Sages de Perse (4/6) → Le divin est un fruit mûr à portée de main : tends le bras — Djalâl ad-Dîn Rûmî (1207 – 1273), dit Mevlana (« notre maître ») ou Molavi, est sans doute le poète mystique le…

Sages de Perse (4/6) → Le divin est un fruit mûr à portée de main : tends le bras


L’essentiel

Djalâl ad-Dîn Rûmî (1207 – 1273), dit Mevlana (« notre maître ») ou Molavi, est sans doute le poète mystique le plus lu au monde. Auteur du monumental Masnavi et du Divan de Shams, il est à l’origine de l’ordre des derviches tourneurs (Mevlevi), dont la danse giratoire est une prière. À l’inverse exact de Khayyam, il est d’un optimisme radical : l’accès au divin est « à portée de main de n’importe qui ». Son œuvre se fait interprète de la parole divine — un dialogue où il parle tantôt du point de vue humain, tantôt de celui de Dieu.

Ses enseignements clés

  • Le mirage et la soif de vie : Dieu parlerait à l’homme comme un père à l’enfant qui a fugué. « Ne t’ai-je pas dit de ne pas rester seul loin de moi ? La source de vie, c’est moi. » L’homme est un assoiffé dans un désert (le monde matériel), courant après des mirages : argent, reconnaissance, sexe, divertissement. Or aucun mirage n’étanche la soif — cet élan vital que les Occidentaux nomment conatus (voir Spinoza, Nietzsche). Même un « paradis sur terre » finit par lasser.
  • La joie est chez le dessinateur, pas dans le dessin : « Ne te contente pas des dessins du monde ; le dessinateur, c’est moi. » On admire un beau tableau, mais on n’en éprouve pas de joie ; peindre soi-même donne la joie. La vraie joie est créative — elle se trouve à la source de toute création (Dieu, la vie, la conscience). Créer (une musique, un texte, un code, une manière de travailler), c’est « toucher le plan divin ».
  • Le bien et le vrai sont une seule chose : « Ils vont t’inculquer les mauvaises manières pour te faire oublier que je suis le bien et la lumière. » La morale et la vérité ont la même source. Séparer la vérité du bien engendre le mal : le chimiste qui isole le vrai fabrique une arme biologique ; uni au bien, il fait un médicament. Critique directe de l’idée qu’« une économie n’a rien à voir avec la morale » — ce qui donne l’esclavagisme, les marchands d’armes, l’industrie du tabac. Voir La Vérité, Éthique — Branches de la Morale.
  • Le monde comme récréation : « Ne questionne pas le but de la création ; nul besoin de but, ce monde est ma récréation. » Non pas création mais ré-création : le monde est un jeu divin, et un jeu n’a d’autre but que de jouer. Le but de la création est la gloire divine — Dieu crée pour « voir son éclat » et s’exalter de sa propre beauté. But céleste, non terrestre.

Dimension symbolique

  • La flûte de roseau (l’exil de l’âme) : image fondatrice du Masnavi. On taille la flûte en coupant le roseau de sa berge (l’eau = l’esprit) : elle gémit alors sa nostalgie de l’origine. De même, Dieu nous a « coupés » du monde spirituel pour ce monde matériel, et chaque souffle nous fait gémir. Rumi demande à être changé de flûte plaintive en lyre joyeuse — c’est l’éveil.
  • La lutte de la flûte contre les lèvres divines : nous luttons contre l’esprit qui veut se déverser en nous, à cause de l’ego (l’esprit mêlé aux perceptions et à la mémoire). « Un seul baiser » — l’acceptation sans jugement de ce qui arrive — rendrait la vie féconde. Posture du lâcher-prise.
  • La dualité (les deux sons du tambour) : une main frappe le tambour → un seul son ; mais l’ego, lui, entend deux mondes, l’un « objectif » dehors, l’autre « subjectif » dedans. Cette dualité (sujet séparé de l’objet) est l’illusion qui barre l’accès au divin, où tout est un. Voir La Conscience.

À retenir

Rumi (1207-1273, Masnavi, derviches tourneurs), voie du dialogue divin et de l’optimisme : le divin est « à portée de main ». Il fait parler Dieu comme un père rappelant l’enfant fugueur : le monde matériel n’est qu’un mirage qui n’étanche pas la soif de vie ; la vraie joie est créative, du côté du « dessinateur » ; bien et vrai ne font qu’un (les séparer produit le mal) ; et le monde est une récréation, un jeu pour la gloire divine. Symboles : la flûte de roseau (l’âme exilée qui gémit) et le tambour (l’ego entend deux sons là où le divin est un — l’illusion de la dualité).

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