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Omar Khayyam

Sages de Perse (3/6) → Le mystère de l'être est un tonneau percé : mieux vaut vivre avec son cœur — Omar Khayyam (1048 – 1131), de Nishapur, est d'abord un immense savant — mathématicien (équations…

Sages de Perse (3/6) → Le mystère de l’être est un tonneau percé : mieux vaut vivre avec son cœur


L’essentiel

Omar Khayyam (1048 – 1131), de Nishapur, est d’abord un immense savant — mathématicien (équations du 3ᵉ degré) et astronome (réforme du calendrier persan). Il est mondialement connu pour ses Rubaiyat (quatrains), rendus célèbres en Occident par la traduction d’Edward FitzGerald (1859) : il fut très à la mode dans l’Angleterre victorienne. Ici commence la métaphysique — mais sur un mode sceptique.

Sa position : le scepticisme métaphysique

  • L’être est inconnaissable : « Les secrets de la création ne sont connus ni de toi ni de moi… Derrière le voile du monde, on parle de toi et de moi. Mais lorsque le voile tombera, il ne restera ni toi ni moi. » Il existe peut-être un monde spirituel voilé, mais on n’y accède pas depuis le monde sensible — « on sera mort », tout simplement. Face au mystère, l’homme est « un tonneau percé ».
  • Le savoir ne sert à rien pour le divin : « Les maîtres du savoir et de la science ont moisi dans ce labyrinthe sans pouvoir en sortir. » Ni le docteur en philosophie ni le théologien ne « comprennent la réalité telle qu’elle est ». Khayyam met science et religion sur le même plan d’impuissance devant le mystère.
  • Ni la religion ni la raison : « Certains cherchent la vérité dans la religion, certains par la force de la raison. J’ai bien peur que leur réveil soit douloureux. » La raison fonctionne dans le temps, l’espace et les concepts — or la réalité est en dehors des concepts et de la logique. (La « religion » visée est l’exotérique : rituelle, sociale, théologique.)
  • La sagesse du repli : puisqu’on ne peut atteindre le divin « avec sa tête », autant garder les pieds sur terre et vivre avec son cœur, en compagnie de l’amour — la seule part du royaume divin qui reste accessible.

Dimension symbolique

  • Le vin à double sens : chez Khayyam, le vin est à la fois le vrai vin (il a un versant épicurien, célébrant les plaisirs terrestres) et le vin mystique (l’esprit, l’ivresse divine). « Choisis le vin en courbant les échines » : accepter la vie telle qu’elle est — mais « courber l’échine » évoque aussi le sens profond du mot musulman (« celui qui se soumet »), c’est-à-dire lâcher prise devant le réel. Dans le langage soufi, tous les mystiques sont « soumis » en ce sens, chrétiens ou hindous compris.
  • Le vinaigre et la couronne d’épines : « Évite la morsure du vinaigre. » Le vinaigre est le vin tourné — l’esprit contaminé par la matière. L’image renvoie à la Passion : les « esclaves de la lettre » (les pharisiens) livrent l’esprit (Jésus) à la matière (les Romains), qui le couronnent d’épines. Prendre la religion à la lettre, c’est crucifier l’esprit sous les concepts et les rites.

À retenir

Omar Khayyam (1048-1131, savant, Rubaiyat, popularisé par FitzGerald à l’ère victorienne) tient la position sceptique : le mystère de l’être est inconnaissable depuis ce monde, et ni la science ni la religion-lettre ni la raison (qui vit dans les concepts) n’y donnent accès. Sagesse du repli : à défaut du divin par la tête, vivre avec le cœur et l’amour. Son vin est double — épicurien et mystique ; son vinaigre est l’esprit gâté par la matière.

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