Sages de Perse (2/6) → Le « mindset » spirituel : un cœur assez ardent pour brûler l’enfer
L’essentiel
Farîd al-Dîn Attar (v. 1145 – v. 1221), de Nishapur (nord-est de l’Iran), était apothicaire-parfumeur — d’où son nom (attar = le parfumeur). Grand maître soufi, il est l’auteur du célèbre Cantique des oiseaux (Mantiq al-Tayr, 1177), allégorie de l’âme en quête de Dieu. Dans le parcours, il incarne la fermeté : le courage et la persévérance nécessaires pour entreprendre le chemin.
Ses enseignements clés
- Le cœur ardent : « Je veux un cœur si ardent qu’il brûle l’enfer, qu’il aille au-devant des vagues et qu’il lave la mer. » Le feu du cœur transforme les événements douloureux en lumière (comme le feu transforme la matière en clarté). La mer = l’esprit pur ; les vagues = les souffrances du chemin. Se lancer dans la spiritualité, c’est accepter que « la spiritualité fasse des trous dans l’ego » — d’où le courage requis.
- Le cœur-lion et le cœur-baleine : « Comme le lion qui affronte l’ennemi, comme la baleine qui avale le prophète. » Le lion = un cœur qui reconnaît et attaque ses ennemis intérieurs (colère, peur, négativité). La baleine renvoie à Jonas : le prophète qui fuyait sa mission, avalé puis recraché, ramené à sa tâche terrestre.
- Le devoir de partage (contre la fuite du monde) : Jonas symbolise la tentation du spirituel de quitter le monde pour « vivre sous un arbre ». Mais la vraie mission est d’apporter quelque chose au monde — comme l’abeille qui, s’étant nourrie des fleurs, est « forcée » de produire du miel. Un faux spirituel est une abeille qui ne fait pas de miel.
- Le jardin fleuri (la récompense) : « Un jour viendra où vous entrerez dans ce jardin fleuri où les êtres tournent tel un compas autour de lui. » Dans l’éveil, on voit que chaque chose émane du divin, comme le compas ne trace un cercle qu’appuyé sur un point central (image que reprend aussi le tour de la Kaaba). L’éveillé n’y plante « que les semences d’un amour ardent ».
Dimension symbolique
- Le voyage solitaire et la carapace : clé majeure d’Attar — le chemin spirituel est solitaire, et le rapport aux autres y est déterminant. Vouloir expliquer son expérience à qui n’y est pas « câblé » est contre-productif : incompréhension, stigmatisation. D’où la nécessité d’un silence protecteur. Écho du panoptisme social et du regard d’autrui (voir Foucault — Surveiller et Punir).
- L’étroitesse d’esprit ≠ l’étroitesse matérielle : le milliardaire n’est pas « à l’étroit » matériellement, et pourtant Attar le dit prisonnier des « interstices ». L’étroitesse dont il parle est celle du cœur : le matérialiste, dont le cœur ne vise que l’extérieur (toujours fini), se sentira toujours à l’étroit — d’où la soif jamais étanchée (« toujours plus d’argent, de pouvoir, de conquêtes »). Le spirituel, même pauvre, accueille en lui l’infini (amour, création, paix). Voir Le Désir, Le Bonheur.
À retenir
Attar de Nishapur (~1145-1221, parfumeur, Cantique des oiseaux), voie de la persévérance, veut un cœur ardent qui brûle l’enfer et « lave la mer » — assez fort pour affronter les vagues (souffrances) de l’éveil. Cœur-lion (attaquer ses ennemis intérieurs) et cœur-baleine (Jonas : ne pas fuir le monde mais lui apporter son miel). Clé : le voyage est solitaire, d’où le silence face aux autres ; et l’« étroitesse » du matérialiste est celle du cœur tourné vers le fini, jamais rassasié.
🔗 Liens
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- Le Désir · Le Bonheur · La Liberté · Foucault — Surveiller et Punir (le regard d’autrui)
- L’Islam · Les Mille et Une Nuits · Religion
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