Peinture → Symbolisme / pré-expressionnisme → Peindre l’angoisse elle-même
Qui c’est
Edvard Munch est un peintre et graveur norvégien, l’un des pères de l’expressionnisme. Marqué très tôt par la maladie et la mort (sa mère et sa sœur Sophie emportées par la tuberculose quand il est enfant), il fait de l’angoisse, de l’amour, de la jalousie et de la mort les sujets mêmes de son art. Son œuvre-monde s’appelle La Frise de la Vie : un cycle sur « la vie, l’amour et la mort ».
L’œuvre phare : Le Cri (Skrik, 1893)
- Une silhouette androgyne, mains sur un visage-crâne réduit à des ovales béants, sur un pont (la colline d’Ekeberg, près d’Oslo) ; derrière, un ciel rouge sang et un fjord en lignes ondulantes. Titre allemand d’origine : Der Schrei der Natur (« Le cri de la nature »).
- Genèse (son journal) : « Je marchais avec deux amis — le soleil se coucha — le ciel devint d’un rouge sang — je sentis passer un grand cri à travers la nature. » Ce n’est pas la figure qui crie : elle entend le cri du monde et se bouche les oreilles.
- Quatre versions (1893–1910), peintures et pastels (National Gallery et Munch Museum d’Oslo). Œuvre parmi les plus iconiques de tout l’art.
Dimension objective : couleurs, matériaux, facture
- Supports mixtes : huile, tempera et pastel sur carton — une facture volontairement rapide, brute, non « léchée ».
- Pigments identifiés : jaune de cadmium, vermillon, outremer, vert émeraude (viridian) — des couleurs saturées, non naturalistes, posées en bandes.
- La ligne ondulante : le paysage entier est fait de lignes sinueuses qui se propagent comme des ondes de choc autour de la figure et la dissolvent — la forme extérieure traduit un état intérieur (parenté formelle avec l’arabesque de La Grande Vague de Kanagawa (Hokusai)).
- La couleur comme émotion : le rouge n’est pas descriptif mais expressif — il est l’angoisse. Principe fondateur de l’expressionnisme : déformer le réel pour dire le ressenti.
Dimension symbolique
- Peindre l’angoisse : Munch ne représente pas une peur devant quelque chose, mais l’angoisse sans objet — le vertige de l’existence elle-même. Frère visuel de Kierkegaard (le penseur danois de l’angoisse) : le cri devient l’emblème de la condition moderne, seul et exposé au vide (voir Sisyphe — L’Absurde, Les Émotions).
- Le sujet dissous : la figure perd son individualité (visage-crâne, corps ondoyant) — le moi menacé de dissolution, thème de la modernité anxieuse (Vienne/Oslo 1900).
- Amour, jalousie, mort : dans La Frise de la Vie (Le Baiser, Vampire, Madone, Mélancolie), Munch lie l’Éros et la mort — la femme y est tour à tour désir et menace (à comparer, tout autre climat, au Baiser doré de Klimt et à Schiele).
- Icône saturée : comme Le Baiser, Le Cri est devenu une image-culte (emoji, parodies) — au risque d’oublier la détresse réelle qu’il porte.
À retenir
Edvard Munch (1863–1944), Norvégien, père de l’expressionnisme, fait de l’angoisse, de l’amour et de la mort le cœur de son art (La Frise de la Vie). Son Cri (1893, quatre versions) — figure hurlante sous un ciel rouge sang, en lignes ondulantes — utilise la couleur non naturaliste (cadmium, vermillon) comme pure émotion. Emblème visuel de l’angoisse existentielle moderne, écho pictural de Kierkegaard.
🔗 Liens
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- Les Couleurs en peinture · Le Cercle chromatique · Mouvements picturaux (l’expressionnisme) · Autumn Rhythm (Pollock) (peindre l’émotion)
- Kierkegaard · Sisyphe — L’Absurde · Les Émotions (l’angoisse) · Sublime
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