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Kierkegaard

Philosophie → Existence → Le penseur de l'individu, de l'angoisse et de la foi — Søren Kierkegaard (1813–1855), philosophe et théologien danois (Copenhague), est considéré comme le père de…

Philosophie → Existence → Le penseur de l’individu, de l’angoisse et de la foi


Qui c’est

Søren Kierkegaard (1813–1855), philosophe et théologien danois (Copenhague), est considéré comme le père de l’existentialisme. Contre les grands systèmes (surtout celui de Hegel), il place au centre l’individu concret, seul devant ses choix, son angoisse et sa foi. Écriture singulière : il publie sous des pseudonymes (communication indirecte), mêlant philosophie, ironie et confession.

Les idées majeures

  • « L’existence précède l’essence » (avant la lettre) : ce qui compte n’est pas l’Idée générale (Hegel) mais l’existant singulier, ce « moi » qui doit choisir sa vie. « La vérité est subjectivité » — non un relativisme, mais l’exigence de s’engager personnellement dans ce qu’on tient pour vrai.
  • Les trois stades de l’existence :
    1. esthétique — vivre pour l’instant, le plaisir, le beau (le séducteur) ; débouche sur l’ennui et le désespoir ;
    2. éthique — assumer le devoir, l’engagement, le mariage ;
    3. religieux — le rapport personnel à Dieu, au-delà même de la morale.
  • L’angoisse (Le Concept de l’angoisse, 1844) : elle naît de la liberté — « le vertige de la liberté » devant l’infini des possibles. L’angoisse n’a pas d’objet ; elle est le prix de notre pouvoir de choisir.
  • Le désespoir (La Maladie à la mort) : la « maladie mortelle » de qui n’arrive pas à être soi-même.
  • Le saut de la foi : la foi n’est pas prouvable ; croire, c’est sauter par-delà la raison, s’engager sans garantie. Modèle : Abraham prêt à sacrifier Isaac (Crainte et tremblement, 1843) — le « chevalier de la foi », scandaleux pour la raison et la morale.

Dimension symbolique / biographique

  • Régine Olsen : il rompt ses fiançailles avec la femme qu’il aime — sacrifice existentiel qui hante toute son œuvre (le choix, le renoncement, la faute).
  • L’ironie et l’indirect : héritier de Socrate, il refuse d’asséner des vérités ; il veut réveiller le lecteur, le rendre à sa propre liberté (d’où les masques, l’humour).
  • Contre la foule et le « on » : critique féroce du conformisme (la « presse », le public anonyme) qui dissout l’individu — l’homme vrai est celui qui ose être seul devant sa vie (résonance avec L’Anonymat, Les Petits Dramas).

Postérité

Kierkegaard est la source de tout l’existentialisme du XXᵉ siècle : Heidegger (l’angoisse, l’être-pour-la-mort), Sartre (le choix, l’engagement), Camus (l’absurde — voir Sisyphe — L’Absurde), et la théologie protestante (Barth). Son influence dépasse la philosophie : il irrigue la littérature de l’angoisse moderne — dont son exact écho pictural, Munch et Le Cri.

À retenir

Kierkegaard (1813–1855, danois) est le père de l’existentialisme : contre le système de Hegel, il pense l’individu concret, sommé de choisir sa vie. Concepts clés : les trois stades (esthétique / éthique / religieux), l’angoisse comme « vertige de la liberté », le désespoir, et le saut de la foi (Abraham, le « chevalier de la foi »). Source de Heidegger, Sartre, Camus.

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