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Les Couleurs en peinture

Art & Culture → Peinture → Pigments, théorie et histoire de la couleur — La couleur est à la fois de la matière (un pigment broyé, coûteux, parfois toxique) et une perception (un phénomène de l'œil…

Art & Culture → Peinture → Pigments, théorie et histoire de la couleur


Enjeu global

La couleur est à la fois de la matière (un pigment broyé, coûteux, parfois toxique) et une perception (un phénomène de l’œil et du cerveau). L’histoire de la peinture est indissociable de celle des pigments disponibles : un peintre ne peint que les couleurs qu’il peut se procurer et faire tenir. Comprendre la couleur, c’est croiser chimie, physique de la lumière et choix esthétiques.


La matière : les pigments et leur histoire

  • Un pigment est une poudre colorée liée par un médium (huile, œuf, eau). Longtemps, certaines couleurs furent rares et chères.
  • Le bleu outremer : tiré du lapis-lazuli importé d’Afghanistan, plus cher que l’or à la Renaissance — réservé au manteau de la Vierge. Sa version synthétique (1826) le démocratise.
  • Le blanc de plomb, le vert de Scheele, le jaune de Naples : magnifiques et toxiques (plomb, arsenic).
  • La révolution chimique du XIXe s. (couleurs synthétiques en tube, 1841) libère les peintres de l’atelier et rend possible la peinture en plein air — condition matérielle de l’Impressionnisme.

La théorie : lumière et mélange

  • Newton (1666, Opticks 1704) : en décomposant la lumière blanche au prisme, il montre que la couleur est dans la lumière, non dans l’objet. Il dispose le spectre en cercle chromatique — matrice de toutes les roues de couleurs.
  • Deux synthèses à ne pas confondre :
    • Synthèse soustractive (peinture, imprimerie) : les pigments absorbent une partie de la lumière ; primaires cyan, magenta, jaune (ou, en version peintre, rouge/jaune/bleu). Plus on mélange, plus on va vers le noir.
    • Synthèse additive (écrans, télévision) : on additionne des lumières ; primaires rouge, vert, bleu (RVB). Plus on mélange, plus on va vers le blanc (voir La Télévision).
  • Chevreul (De la loi du contraste simultané des couleurs, 1839) : ce chimiste montre qu’une couleur change d’aspect selon sa voisine (le contraste des complémentaires). Il recense ~14 400 tons. Sa loi influence directement les impressionnistes et le pointillisme de Seurat.

La couleur comme choix esthétique

  • Couleur locale vs couleur perçue : peindre l’herbe « verte » (ce qu’on sait) ou telle qu’on la voit sous la lumière (violette à l’ombre, dorée au soleil) — le pari des impressionnistes.
  • La libération de la couleur : avec le Fauvisme (Matisse, « quand je mets un vert, ça ne veut pas dire l’herbe »), la couleur se détache du réel pour devenir expression pure. Puis, chez Rothko, la couleur devient le sujet même du tableau.
  • Symbolique et culture : les couleurs portent des sens variables selon les époques (le bleu, longtemps méprisé, devient la couleur préférée des modernes — travaux de l’historien Michel Pastoureau).

À retenir

La couleur en peinture est un carrefour : matière (des pigments rares, chers, toxiques, puis industriels), science (Newton et la lumière, la synthèse soustractive, Chevreul et les contrastes) et liberté esthétique (de la couleur-imitation à la couleur-expression des Fauves et de l’abstraction). Chaque grande révolution picturale est aussi une révolution de la couleur — souvent rendue possible par un progrès chimique.


Concepts / fiches liés

Index


Sources : Wikipédia « Cercle chromatique », « Modèle RJB » ; M. Vanesse, « La théorie des couleurs de Newton » ; Futura-Sciences, « Couleurs primaires » ; M.-E. Chevreul, De la loi du contraste simultané des couleurs (1839).

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