L'Encyclopédie

Le Droit Naturel et le Droit Positif

Le grand clivage de la philosophie du droit : la loi juste existe-t-elle « en soi », ou n'y a-t-il de droit que ce que les hommes ont décidé ? Une question qui a des conséquences vertigineuses.

Le grand clivage de la philosophie du droit : la loi juste existe-t-elle « en soi », ou n’y a-t-il de droit que ce que les hommes ont décidé ? Une question qui a des conséquences vertigineuses.

Deux conceptions du droit. Le DROIT POSITIF est le droit RÉELLEMENT en vigueur : les lois, décrets, décisions effectivement posés (positus) par une autorité, à un moment donné, dans une société donnée. Le DROIT NATUREL est l’idée qu’il existe, AU-DESSUS des lois humaines, des principes de justice UNIVERSELS et immuables (issus de la nature, de la raison ou de Dieu) — valables partout et toujours, que les lois humaines devraient respecter. Antigone, désobéissant à la loi du roi au nom de lois « non écrites » des dieux, incarne le droit naturel contre le droit positif.

🔑 Un enjeu qui peut tout changer. 🔑 La question n’est pas académique. Si SEUL le droit positif existe (le positivisme juridique : « la loi est la loi »), alors une loi votée dans les règles est valide, quel que soit son contenu — même monstrueux. Si le droit naturel existe, alors une loi INJUSTE (esclavagiste, raciale) n’est PAS un vrai droit, et lui désobéir peut être légitime. Ce débat a surgi de façon brûlante au procès de Nuremberg : les nazis se défendaient en disant « nous avons obéi aux lois de notre pays ». Comment les condamner ? En invoquant des principes SUPÉRIEURS aux lois nazies — un droit naturel, des « crimes contre l’humanité » qui existent au-delà de tout code.

⚠️ Esprit critique. (1) Les deux positions ont un COÛT. Le positivisme strict (« la loi est la loi ») risque de justifier l’obéissance à l’ignoble (cf. Milgram, la Shoah « légale »). Mais le droit naturel a AUSSI son danger : QUI décide de ce qui est « naturellement » juste ? Au nom du « droit naturel », on a justifié des choses opposées (l’esclavage ET son abolition, la hiérarchie ET l’égalité). Invoquer la « nature » ou « Dieu » peut masquer des préférences idéologiques. 🔑 (2) Un compromis moderne : la plupart des démocraties tranchent en pratique en plaçant au-dessus des lois ordinaires des droits fondamentaux (Constitution, droits de l’homme) — un « droit naturel positivé », inscrit dans des textes supérieurs qu’un juge fait respecter. Ni pur positivisme, ni droit naturel flou : des principes élevés mais écrits et contrôlés. (3) La désobéissance civile (Thoreau, Gandhi, King) est l’application concrète du débat : refuser une loi injuste au nom d’une justice supérieure — en acceptant la sanction, pour témoigner. Elle suppose qu’il existe une justice au-dessus de la loi. Un des plus vieux et plus actuels problèmes de la philosophie politique.

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