Conte → Le loup, la petite fille et le danger du monde
Le conte
Une fillette porte une galette à sa grand-mère. Le loup la devance, dévore la grand-mère, prend sa place au lit. Suit le fameux dialogue (« Que vous avez de grandes dents ! ») — puis le loup dévore l’enfant. Chez Perrault, la fin est cruelle (le loup gagne) et une moralité avertit les jeunes filles des « loups » séduisants. (Chez les Grimm, un chasseur les sauve ; version orale primitive : la fillette s’échappe par la ruse.)
📖 Dimension littéraire
- Trois versions révélatrices : orale (la fille rusée se sauve seule), Perrault (fin tragique + moralité didactique), Grimm (sauvetage masculin). Comparer les versions est l’analyse : chacune porte une idéologie (Perrault moralise la cour, Grimm rassure les enfants).
- Le dialogue en gradation (les « grandes… ») : un crescendo d’angoisse, sommet de l’oralité du conte.
🧬 Dimension psychanalytique
- Bettelheim : le conte figure la séduction et les pulsions ; le loup, c’est le désir (et sa propre curiosité) que la fillette doit apprendre à maîtriser ; « quitter le chemin » = céder à la tentation.
- Le rouge : couleur des règles/du sang, du désir, du passage à la puberté — le chaperon rouge marque l’entrée dans la sexualité (lecture freudienne classique).
🌍 Dimension anthropologique
- Rite de passage manqué (chez Perrault) : la fillette quitte l’espace domestique, traverse la forêt (le sauvage) mais échoue à l’épreuve — avertissement social plus qu’initiation réussie.
- Le loup : figure universelle du prédateur (bête, homme, étranger) ; le conte code les peurs collectives et les règles de prudence transmises aux enfants.
🏛 Dimension philosophique / critique
- Un discours normatif sur les femmes : la moralité de Perrault fait de la fille responsable de son agression (« elle n’aurait pas dû… ») — lecture féministe critique (Marina Warner) : le conte discipline le désir féminin (voir La Misogynie, La Beauté Féminine).
- Prudence et liberté : jusqu’où protéger (interdire) sans enfermer ?
🔣 Dimension symbolique
- La forêt = l’inconnu, l’inconscient, le danger hors du foyer (La Nuit) ; le lit = le lieu du piège et du sexuel ; le ventre du loup = engloutissement/mort (et, chez Grimm, matrice d’où l’on renaît).
À retenir
Le Petit Chaperon rouge (Perrault, 1697) : le loup dévore la fillette et sa grand-mère (fin cruelle + moralité aux jeunes filles). Littérairement, les trois versions (orale rusée / Perrault tragique / Grimm sauvée) portent chacune une idéologie. Psychanalytiquement (Bettelheim), la séduction et le désir (le rouge, la puberté). Anthropologiquement, le prédateur et un rite de passage manqué. Critiquement, un discours normatif sur le désir féminin (lecture féministe).
🔗 Liens
Fiches qui citent celle-ci (1)
- Charles Perrault Littérature