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Antigone — Loi de la Cité, Loi du Sang

Après la guerre fratricide entre les fils d'Œdipe, Créon, roi de Thèbes, ordonne que Polynice (considéré comme traître) reste sans sépulture, sous peine de mort.

Le mythe (sources antiques)

Après la guerre fratricide entre les fils d’Œdipe, Créon, roi de Thèbes, ordonne que Polynice (considéré comme traître) reste sans sépulture, sous peine de mort. Sa sœur Antigone brave l’interdit et l’enterre, au nom des lois non écrites des dieux et du devoir familial. Créon la condamne à être emmurée vivante. Elle se pend ; son fiancé Hémon (fils de Créon) puis la femme de Créon se suicident. Créon reste seul, anéanti.

  • Source majeure : Sophocle, Antigone (~441 av. J.-C.).

Thèse du mythe

Conflit entre deux légitimités également fondées : la loi de la cité (Créon, l’ordre politique) contre la loi du sang et des dieux (Antigone, le devoir envers les morts). Tragédie sans « bon » camp.


Analyse 1 — La lecture dialectique (Hegel)

Thèse : Antigone met en scène le conflit nécessaire de deux puissances éthiques légitimes — la loi humaine (l’État, le jour, le masculin) et la loi divine (la famille, la nuit, le féminin) — chacune ayant tort de nier l’autre.

  • Argument : pour Hegel, la tragédie n’oppose pas le bien au mal mais deux biens partiels qui, en s’absolutisant, deviennent injustes. Créon a raison au nom de la cité, Antigone a raison au nom de la famille ; leur collision et leur double chute opèrent la « réconciliation » de la substance éthique. C’est le modèle même du tragique chez Hegel.
  • Exemple précis : G.W.F. Hegel, Phénoménologie de l’esprit (1807), section sur l’« esprit éthique » (Sittlichkeit) ; développé dans les Leçons sur l’esthétique. Hegel y voit « l’une des œuvres d’art les plus sublimes ».

Analyse 2 — L’anthropologie tragique (Vernant)

Thèse : le conflit n’est pas une opposition abstraite d’idées mais l’expression d’une tension propre à la cité grecque du Ve siècle, entre les anciennes valeurs du génos (la lignée, les rites funéraires) et le droit nouveau de la polis.

  • Argument : Vernant resitue les mots-clés (nomos, philia, kérdos) dans leur contexte civique. Antigone et Créon parlent en réalité deux langues qui ne se recouvrent pas : ce que l’un nomme « loi », l’autre l’entend autrement. La tragédie est le moment historique où la cité interroge ses propres valeurs sans les trancher — un genre lié à la démocratie athénienne naissante.
  • Exemple précis : Jean-Pierre Vernant & Pierre Vidal-Naquet, Mythe et tragédie en Grèce ancienne (1972). La référence d’Antigone aux ágrapta nómima (« lois non écrites », vers ~450-455 de la pièce) y est lue comme l’enjeu central.

Ce que la confrontation révèle

Hegel universalise le conflit (toute société, famille vs État) ; Vernant l’historicise (un moment précis de la Grèce). C’est l’opposition récurrente entre lecture philosophique (le mythe comme concept) et lecture anthropologique (le mythe dans son temps) — exactement la tension structurante de toute cette section.


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