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Expérience (empirisme)

Philosophie → Épistémologie & Théorie de la connaissance → Concept transversal — D'où vient ce que nous savons ? L'empirisme répond : de l'expérience sensible.

Philosophie → Épistémologie & Théorie de la connaissance → Concept transversal


Enjeu global D’où vient ce que nous savons ? L’empirisme répond : de l’expérience sensible. Rien n’est dans l’entendement qui n’ait d’abord été dans les sens. Cette thèse s’oppose au rationalisme (la raison possède des principes indépendants de l’expérience) et engage tout : la science (faut-il observer ou raisonner ?), la métaphysique (peut-on connaître ce qui échappe à l’expérience — Dieu, l’âme ?), et la morale. L’enjeu est de savoir si l’expérience est le fondement suffisant du savoir, ou seulement sa matière première.

Histoire du concept

La table rase contre les idées innées

  • Locke (Essai sur l’entendement humain, 1690) : l’esprit est à la naissance une “tabula rasa”, une page blanche ; toutes nos idées viennent de la sensation et de la réflexion. Contesté par Descartes et Leibniz : il existe des idées ou principes innés. Leibniz (Nouveaux Essais, 1704) corrige la formule scolastique “rien n’est dans l’entendement qui n’ait été dans les sens” en ajoutant : “sauf l’entendement lui-même”.
  • Hume (Enquête sur l’entendement humain, 1748) radicalise : même la causalité n’est pas observée mais seulement une habitude mentale (on voit B suivre A, on n’observe jamais le “lien” causal). Contesté par Kant, réveillé de son “sommeil dogmatique” par Hume : la causalité n’est ni dans l’expérience ni innée, mais une catégorie a priori de l’entendement qui rend l’expérience possible (Critique de la raison pure, 1781).

L’empirisme dans la science Le positivisme logique (Cercle de Vienne, années 1920) veut fonder tout savoir sur l’observation vérifiable. Contesté par Popper (La Logique de la découverte scientifique, 1934) : on ne vérifie jamais une théorie par l’expérience, on peut seulement la falsifier (voir Popper — Falsifiabilité et Épistémologie et falsifiabilité) ; et par Duhem-Quine (voir Duhem-Quine — Holisme de la Confirmation) : aucune expérience ne teste une hypothèse isolée.

Thèses principales

1. Toute connaissance dérive de l’expérience sensible (Locke, Hume)

  • Exemple : un aveugle de naissance n’a aucune idée de la couleur rouge — preuve, selon Locke, qu’aucune idée ne précède la sensation correspondante.
  • Contradicteur : les mathématiques (Platon, puis le rationalisme) — le théorème de Pythagore n’est pas tiré de l’observation de triangles dessinés, mais d’une démonstration a priori valable pour tout triangle possible.

2. L’expérience seule ne fonde aucune nécessité (Hume, repris par Kant) L’expérience montre ce qui est, jamais ce qui doit nécessairement être.

  • Exemple : que le soleil se soit levé chaque jour ne prouve pas qu’il se lèvera demain (problème de l’induction) ; l’habitude, non la raison, fonde notre attente.
  • Contradicteur : Kant — il y a des jugements “synthétiques a priori” (les mathématiques, les principes de la physique) qui ajoutent à la connaissance ET sont nécessaires, donc ne viennent pas de la seule expérience.

Nuance critique L’opposition empirisme/rationalisme est en partie dépassée : la science réelle articule observation et théorie, données et cadres conceptuels. Comme le montre l’épistémologie du XXe siècle, il n’y a pas d’“expérience pure” — toute observation est déjà chargée de théorie (la thèse de la theory-ladenness des observations, voir observations).

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