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Panorama de la peinture aujourd'hui (2025)

La carte des courants de la peinture contemporaine — un médium cent fois déclaré mort, et plus vivant (et plus cher) que jamais. Fiche « état des lieux », sur le modèle des panoramas du vault.

Panorama de la peinture aujourd’hui (2025)

La carte des courants de la peinture contemporaine — un médium cent fois déclaré mort, et plus vivant (et plus cher) que jamais.

Fiche « état des lieux », sur le modèle des panoramas du vault. Descriptive, avec esprit critique sur le marché.

L’essentiel

Après des décennies où l’on répétait que « la peinture est morte » (au profit de l’installation, de la vidéo, du conceptuel), les années 2010-2020 signent un retour spectaculaire, dominé par un grand fait : le triomphe de la figuration (surtout du portrait) et une globalisation du canon (artistes africains, asiatiques, diasporiques au centre). En toile de fond, deux forces : un marché de l’« ultra-contemporain » euphorique puis refroidi (2023-24), et le choc des images numériques (Instagram, puis l’IA générative).

🗺️ Les grands courants

1. Le grand retour de la figuration

Le fait majeur. La peinture raconte de nouveau, montre des corps et des visages.

  • La figuration noire / Black portraiture — sans doute le courant le plus influent : Kerry James Marshall, Kehinde Wiley, Amy Sherald, Amoako Boafo, Njideka Akunyili Crosby, Lynette Yiadom-Boakye, Jordan Casteel, Toyin Ojih Odutola. Enjeu : réinscrire la présence noire dans un canon qui l’excluait.
  • Les figurations de l’identité (queer, diasporique, féministe, intime) : Christina Quarles, Salman Toor, Louis Fratino, Doron Langberg, Jenna Gribbon.

2. Le renouveau surréaliste / onirique

Très marqué depuis la pandémie : mondes fantastiques, inquiétants, oniriques — un imaginaire du trouble et de l’étrange.

3. Les abstractions

L’abstraction reste vivante mais discutée : la figure tutélaire demeure Gerhard Richter. On y trouve un néo-Rococo exubérant (Flora Yukhnovich), des abstractions gestuelles ou « provisoires » — mais aussi la cible d’une critique (voir plus bas, « zombie formalism »).

4. La peinture à l’ère des écrans (post-internet)

Peindre après le flux d’images : esthétiques du JPEG, du glitch, du rendu 3D. Avery Singer (logiciels 3D + aérographe), Jamian Juliano-Villani, Petra Cortright. La peinture cite et digère l’image numérique.

5. La peinture « élargie »

Débordements du cadre : toiles découpées (shaped canvas), croisements avec le textile, la céramique, l’installation — la frontière peinture/artisanat se brouille (revalorisation des savoir-faire).

6. Persistances

Hyperréalisme/photoréalisme, néo-expressionnisme gestuel, paysage rechargé d’angoisse écologique (le tournant climatique gagne la toile).

⚔️ Les débats transversaux

  • Le poids du marché. L’essor de la jeune figuration s’est doublé d’une spéculation : de très jeunes artistes « flippés » en salle des ventes, un phénomène critiqué sous le nom de « zombie figuration » (écho du « zombie formalism » de Walter Robinson, 2014 : une abstraction de process, décorative et taillée pour le marché). Le soufflé est retombé vers 2023-24.
  • L’IA générative. Midjourney, DALL·E and co. produisent des images à l’infini : quelle valeur garde le geste peint ? Certains peintres intègrent ou détournent l’IA, d’autres réaffirment la main, la matière, la présence — ce que l’image calculée n’a pas.
  • La globalisation / décolonisation du canon : biennales, foires et musées font monter les scènes africaines, asiatiques, latino-américaines ; le centre de gravité se déplace (cf. Panorama des courants décoloniaux (2025)).
  • Figuration vs abstraction : le vieux clivage se dissout — beaucoup d’artistes circulent entre les deux.

⚠️ Esprit critique

  1. « Le retour de la peinture » est un marronnier. On l’annonce à chaque décennie ; la peinture n’est jamais vraiment morte, elle cycle. Prudence avec l’effet de mode.
  2. Confondre importance marchande et importance artistique est le grand piège 2025 : la cote (records d’enchères) n’est pas la valeur esthétique. La « zombie figuration » illustre ce risque de spéculation déguisée en avant-garde.
  3. Le mérite réel du moment : l’élargissement des voix et des corps représentés (figuration noire, queer, diasporique) enrichit vraiment l’histoire de la peinture — au-delà de l’écume du marché. La question ouverte : ce renouveau survivra-t-il au refroidissement du marché et à la déferlante des images IA ?

À retenir

La peinture de 2025 est florissante et globalisée, dominée par le retour de la figuration (surtout la figuration noire et les figurations de l’identité), doublé d’un renouveau onirique/surréaliste, d’une peinture post-internet (Singer) et d’abstractions toujours vivantes (Richter, Yukhnovich). Deux ombres : la spéculation (« zombie figuration », bulle refroidie) et le défi de l’IA. Le vrai gain : un canon élargi ; la vraie question : sa pérennité.

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