L'Encyclopédie
Accueil · Philosophie · Concepts

La Salutation

Philosophie → Anthropologie & Sociologie du quotidien → Concept transversal — Dire « bonjour », serrer une main, faire la bise : le geste paraît insignifiant, purement formel.

Philosophie → Anthropologie & Sociologie du quotidien → Concept transversal


Enjeu global Dire « bonjour », serrer une main, faire la bise : le geste paraît insignifiant, purement formel. Il est en réalité un rite social fondamental — l’acte par lequel deux êtres se reconnaissent mutuellement comme personnes et ouvrent (ou referment) l’espace de l’échange. L’enjeu est de comprendre comment un automatisme quotidien porte tout le poids du lien social, de la paix et de la hiérarchie.

Dimension technique / anthropologique

Un geste du corps codé

  • La salutation est une « technique du corps » au sens de Marcel Mauss (1934) : elle varie radicalement selon les cultures — poignée de main (Occident), bise (France), courbette (Japon, dont l’angle code le respect dû), namaste mains jointes (Inde), hongi nez contre nez (Maori), accolade, salut militaire.
  • Plusieurs hypothèses sur l’origine de la poignée de main : montrer sa main vide (pas d’arme), sceller un pacte. La salutation aurait ainsi une racine dans la désescalade : signifier qu’on ne représente pas une menace.
  • Contradicteur : le geste n’est pas universel dans sa forme, mais la fonction de reconnaissance mutuelle semble, elle, transculturelle — tout groupe humain a des rituels d’ouverture et de clôture de l’interaction.

Dimension symbolique / sociale

1. Un rite d’interaction (Goffman)

  • Exemple : le sociologue Erving Goffman (Les Rites d’interaction, 1967) analyse les saluts comme des « échanges rituels » qui protègent la « face » de chacun : le bonjour du matin ne transmet aucune information — il affirme que le lien est intact, que l’autre existe et compte. Ignorer un salut (« faire comme si l’autre n’était pas là ») est une violence sociale.
  • Référence : ces formules relèvent de la fonction phatique du langage — dont le seul but est de maintenir le contact, pas d’informer. Concept forgé par Malinowski et théorisé par Jakobson (voir cette fiche).

2. Reconnaissance, hiérarchie et exclusion

  • Exemple : saluer, c’est aussi marquer la place de chacun (qui salue qui en premier ? qui tend la main ?). Le salut encode le respect, la déférence, la domination (la révérence au roi). Refuser de saluer = exclure, mépriser.
  • Contradicteur : à l’ère des interactions numériques et anonymes (la ville, les écrans), le rituel du salut se délite — on croise des dizaines d’inconnus sans se reconnaître, ce qui interroge le lien social des sociétés de masse (voir La Société du Spectacle).

Liens

À lire ensuite

Fiches qui citent celle-ci (3)