L'Encyclopédie
Accueil · Philosophie · Concepts

Rédemption

Philosophie → Philosophie de la religion & Morale → Concept transversal — La rédemption (du latin redemptio, rachat) désigne le passage de la faute au salut : l'idée qu'un être déchu, coupable ou…

Philosophie → Philosophie de la religion & Morale → Concept transversal


Enjeu global La rédemption (du latin redemptio, rachat) désigne le passage de la faute au salut : l’idée qu’un être déchu, coupable ou perdu peut être racheté, restauré, sauvé. D’abord théologique, le concept irrigue toute la culture morale occidentale : peut-on se racheter ? La faute est-elle effaçable ? L’enjeu touche à la liberté (suis-je condamné par mon passé ou puis-je recommencer ?), à la justice (réparation vs pardon) et au sens même de l’existence (y a-t-il un salut, et à quel prix ?).

Histoire du concept

Théologie — le rachat par le sacrifice Dans le christianisme, le Christ “rachète” l’humanité du péché originel par sa Passion (théologie paulinienne, Épître aux Romains). Saint Augustin (Les Confessions, 397-401) : nul ne se sauve seul, la rédemption vient de la grâce divine, non des mérites humains. Contesté par Pélage (Ve s.) pour qui l’homme peut, par sa seule volonté libre, faire son salut — hérésie condamnée, mais qui rouvre la question de l’autonomie morale.

Sécularisation — le rachat sans Dieu

  • Kant (La Religion dans les limites de la simple raison, 1793) rationalise : la “régénération” morale est possible par une révolution de la disposition d’esprit, accessible à la raison. Contesté par Luther et la tradition de la grâce : prétendre se régénérer par ses propres forces, c’est l’orgueil même dont il faudrait être sauvé.
  • Nietzsche (Généalogie de la morale, 1887) démasque la rédemption chrétienne comme invention du ressentiment : promettre un salut dans l’au-delà pour faire accepter la souffrance ici-bas. Contesté par Dostoïevski (Crime et Châtiment, 1866) qui maintient, contre tout nihilisme, la réalité de la rédemption par l’aveu, la souffrance assumée et l’amour (la conversion de Raskolnikov).

Thèses principales

1. La rédemption ne dépend pas du seul individu (Augustin) On ne se rachète pas tout seul ; le salut suppose la grâce, ou au moins autrui.

  • Exemple : la dramaturgie de la conversion (Paul sur le chemin de Damas) suppose une intervention extérieure qui retourne le sujet malgré lui.
  • Contradicteur : les éthiques de l’autonomie (Kant, mais aussi la psychologie moderne du “rétablissement”) affirment qu’on peut se reconstruire par un travail sur soi, sans instance transcendante.

2. La rédemption peut masquer un déni de justice (Nietzsche) Le pardon et le rachat risquent d’effacer la faute sans la réparer.

  • Exemple : les processus de “réconciliation” politique (Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud, 1996) ont été critiqués pour avoir échangé l’amnistie des bourreaux contre leurs aveux — rédemption collective au prix de la justice pénale.
  • Contradicteur : Desmond Tutu (Il n’y a pas d’avenir sans pardon, 1999) défend précisément cette voie — sans pardon, le cycle de la Violence se perpétue ; la rédemption vaut mieux que la vengeance.

Application : la rédemption au cinéma La rédemption est le ressort moral récurrent de Spielberg (Schindler qui se rachète, 1993) — d’où l’accusation de sentimentalisme “consolateur”. Mais Munich (2005) la refuse : la violence ne rachète rien — voir Spielberg — Le Cinéma de l’Émerveillement et de la Mémoire et Ambiguïté morale. Contradicteur : un cinéma tragique (les frères Coen, No Country for Old Men, 2007) nie toute rédemption — le mal advient, sans rachat ni sens.

Nuance critique Le concept oscille entre deux excès : la rédemption facile (le pardon qui efface tout, la “happy end” qui désamorce la gravité — reproche fait à Spielberg) et le refus nihiliste de toute rédemption (rien ne se rachète, tout est perdu). Entre les deux, une rédemption coûteuse : possible, mais qui n’efface pas la faute et se paie.

Liens

À lire ensuite

Fiches qui citent celle-ci (32)