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Le Sacrifice

Religion / Anthropologie / Philosophie → Détruire pour relier — le geste fondateur — Sacrifier (du latin sacrificium, « rendre sacré »), c'est offrir quelque chose de précieux — un animal, un bien,…

Religion / Anthropologie / Philosophie → Détruire pour relier — le geste fondateur


Enjeu global

Sacrifier (du latin sacrificium, « rendre sacré »), c’est offrir quelque chose de précieux — un animal, un bien, parfois une vie — en le détruisant ou en le donnant, pour entrer en relation avec le sacré. Geste universel (toutes les cultures l’ont pratiqué), il pose une question vertigineuse : pourquoi la destruction crée-t-elle du lien ? Le sacrifice est un carrefour entre religion, anthropologie, violence et don.


Les grandes lectures

1. Le sacrifice comme don et communication (Mauss & Hubert)

  • Henri Hubert & Marcel Mauss (Essai sur la nature et la fonction du sacrifice, 1899) : le sacrifice établit une communication entre le monde profane et le monde sacré, via une victime consacrée qui sert d’intermédiaire. Il relie les hommes aux dieux et entre eux (proche de la logique du don qui crée l’obligation et le lien — Mauss, Essai sur le don).

2. Le sacrifice comme canalisation de la violence (René Girard)

  • René Girard (La Violence et le Sacré, 1972 ; Le Bouc émissaire, 1982) : sa thèse anthropologique majeure. Les hommes désirent par imitation (désir mimétique) → rivalités → violence qui menace de tout détruire (« tous contre tous »).
  • Le mécanisme de la victime émissaire : le groupe en crise se polarise spontanément sur une victime (le bouc émissaire), qu’il tue. Cela transforme le « tous contre tous » en « tous contre un » → la violence est évacuée, la paix revient. Le sacrifice rituel rejoue ce meurtre fondateur pour prévenir la violence.
  • Pour Girard, le sacrifice n’est donc pas d’abord religieux mais humain : un exutoire à la violence. Il s’oppose à Mauss (le sacrifice qui sépare la victime, plutôt que le don qui lie).

3. Le sacrifice comme dépense (Bataille)

  • Georges Bataille : le sacrifice relève de la dépense improductive — détruire du précieux sans retour utile, contre la logique économique. Une transgression sacrée, un excès qui échappe au calcul.

Formes et figures

  • Sacrifices sanglants (animaux, et anciennement humains), offrandes (fruits, encens), sacrifice de soi (renoncement, martyre, don de sa vie).
  • Abraham et Isaac (Genèse) : Dieu arrête le sacrifice de l’enfant → tournant vers un sacrifice symbolique/intériorisé (voir L’âme).
  • Le Christ : dans le christianisme, un sacrifice unique cense mettre fin à tous les autres (le « bouc émissaire » innocent qui révèle et désamorce le mécanisme — lecture centrale de Girard). Voir Jésus et l’Anarchisme, Rédemption.

Résonances contemporaines

Le mécanisme du bouc émissaire éclaire des faits actuels : désigner un coupable (minorité, étranger) pour souder un groupe en crise — au cœur du racisme, de la Propagande et des dynamiques de foule (« tous contre un »). Le « sacrifice » se sécularise aussi (se sacrifier pour son travail, une cause — voir Le Burn-out).

À retenir

Le sacrifice détruit du précieux pour créer du lien avec le sacré. Trois lectures : Mauss/Hubert (communication, don qui relie), Girard (canaliser la violence par la victime émissaire — « tous contre un »), Bataille (dépense pure, transgression). Sa figure limite : le bouc émissaire, mécanisme toujours actif dans nos sociétés.

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