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L'Altruisme Efficace

Philosophie → Éthique appliquée → Mouvement contemporain — L'altruisme efficace (Effective Altruism, EA) est un mouvement philosophique et pratique né à Oxford dans les années 2000.

Philosophie → Éthique appliquée → Mouvement contemporain


Enjeu global L’altruisme efficace (Effective Altruism, EA) est un mouvement philosophique et pratique né à Oxford dans les années 2000. Sa question : comment faire le plus de bien possible avec les ressources dont on dispose ? Il applique la raison et les données à la générosité — non pas donner à ce qui nous émeut, mais à ce qui sauve ou améliore le plus de vies par euro dépensé. L’enjeu : une éthique qui refuse le sentimentalisme de la charité au profit de l’efficacité mesurable — au risque d’une froideur calculatrice.

Dimension technique / la doctrine

Les fondations intellectuelles

  • Peter Singer (utilitariste) en est le père spirituel. Son argument-choc (Famine, Affluence, and Morality, 1972) : l’enfant qui se noie. Si vous pouviez sauver un enfant en train de se noyer au prix de salir vos vêtements, vous le feriez sans hésiter. Or, par un don modeste, vous pouvez sauver un enfant lointain du paludisme. La distance géographique n’a aucune pertinence morale : ne pas donner équivaut à laisser l’enfant se noyer.
  • William MacAskill (Doing Good Better, 2015) et Toby Ord (The Precipice, 2020) formalisent le mouvement à Oxford.

Les principes opérationnels

  • Mesurer l’impact : comparer les causes par leur coût par vie sauvée ou par QALY (année de vie en bonne santé gagnée). L’évaluateur GiveWell classe les associations selon ce critère → des causes phares comme les moustiquaires anti-paludisme (Against Malaria Foundation), très efficaces par euro.
  • Donner : l’organisation Giving What We Can invite à s’engager à donner ≥ 10 % de ses revenus.
  • Earning to give : parfois, le plus altruiste est de gagner beaucoup pour donner beaucoup (plutôt qu’exercer un métier « utile » mais peu rémunéré). L’organisation 80,000 Hours conseille les carrières à fort impact.
  • Contradicteur : réduire le bien à un chiffre (le QALY) évacue ce qui ne se mesure pas — la justice, la dignité, les liens. Tout ne se ramène pas à un calcul coût-efficacité.

Dimension symbolique / débats

1. Le tournant « long-termiste » (le plus contesté)

  • Thèse : le longtermisme (MacAskill, What We Owe the Future, 2022) soutient que les générations futures — potentiellement des milliards d’humains à venir — comptent autant que nous. Dès lors, la priorité morale n°1 serait de réduire les risques existentiels (pandémies, IA hors de contrôle, guerre nucléaire) qui pourraient anéantir ce futur immense. (Écho lointain au principe responsabilité de Hans Jonas : notre devoir envers l’avenir.)
  • Contradicteur : en « jouant avec les chiffres » (des milliards de vies futures hypothétiques), le longtermisme peut justifier de couper tout financement des souffrances présentes (la pauvreté d’aujourd’hui pèse peu face à des trillions de vies futures). Critique majeure : une abstraction qui détourne de l’urgence réelle.

2. L’affaire FTX : le scandale fondateur

  • Fait : Sam Bankman-Fried (SBF), star des cryptomonnaies, s’était fait le champion de l’earning to give (gagner des milliards pour les donner) et fut recruté dans l’EA par MacAskill. Son fonds finançait plusieurs organisations EA. En 2022, l’effondrement frauduleux de sa plateforme FTX (il sera condamné pour fraude) a jeté le discrédit sur le mouvement.
  • Portée : l’affaire cristallise la critique — l’earning to give peut servir à justifier moralement l’enrichissement sans scrupule (« je fraude, mais c’est pour le bien »). Un cas d’école sur les dérives d’une morale purement conséquentialiste.

3. Critiques de fond

  • Politique : l’EA soigne les effets (donner aux pauvres) sans toucher aux causes structurelles (le capitalisme, les inégalités) — une charité de riches qui dépolitise l’injustice. Proche des critiques adressées à la philanthropie (voir la tradition de gauche, Amia Srinivasan et la philosophie critique).
  • Philosophique : l’EA repose sur un utilitarisme discutable (maximiser le bien agrégé) et une confiance excessive dans le calcul rationnel — à confronter à l’esprit rationaliste dont il est proche, et à ses limites.

À retenir

L’altruisme efficace a un grand mérite : forcer à se demander si notre générosité fait vraiment du bien, ou si elle nous soulage seulement. Mais son hubris calculateur (tout mesurer, y compris l’avenir lointain) et ses dérives (FTX) montrent les limites d’une morale réduite à l’optimisation. C’est un puissant correctif à la charité aveugle — pas une éthique complète.


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