L'Encyclopédie
Accueil · Philosophie · Concepts

Le Transhumanisme

Philosophie de la technique / Bioéthique → Le projet de dépasser la condition humaine — Le transhumanisme (« au-delà de l'humain », abrégé H+) est un mouvement qui veut améliorer l'humain — et à…

Philosophie de la technique / Bioéthique → Le projet de dépasser la condition humaine


Enjeu global

Le transhumanisme (« au-delà de l’humain », abrégé H+) est un mouvement qui veut améliorer l’humain — et à terme dépasser sa condition (maladie, vieillissement, mort, limites cognitives) — par les technologies : biotechnologies, IA, nanotech, neurotechnologies, génie génétique. Sa question radicale : la « nature humaine » est-elle un socle à respecter ou un point de départ à transcender ? L’enjeu est éthique et politique autant que technique.


Repères et penseurs

  • Le biologiste Julian Huxley (frère d’Aldous, l’auteur du Meilleur des mondes) popularise le mot dans un essai de 1957 : l’humanité peut « se transcender elle-même ».
  • Le mouvement structuré naît aux États-Unis dans les années 1980-90. Nick Bostrom et David Pearce fondent la World Transhumanist Association (1998, aujourd’hui Humanity+). Bostrom (Oxford) travaille aussi sur les risques existentiels — pont avec l’altruisme efficace et le longtermisme.
  • Ray Kurzweil (Google, Singularity University) est le prophète de la Singularité : le point où l’IA deviendra si supérieure à l’humain que l’Histoire basculera. Il la prédit vers 2045.

Concepts clés

  • La Singularité technologique : accélération exponentielle du progrès (loi de Moore étendue) débouchant sur une intelligence dépassant la nôtre.
  • Augmentation (enhancement) vs soin : la médecine répare (thérapeutique) ; le transhumanisme veut augmenter au-delà du normal (mémoire, longévité, humeur).
  • Posthumain : l’horizon lointain d’êtres si transformés qu’ils ne relèvent plus de notre définition de l’« humain ». Le transhumanisme est la phase de transition vers ce posthumain.
  • Deux pôles géographiques : la Californie (Kurzweil, techno-optimisme, marché) et Oxford (Bostrom, éthique des risques).

Nuance critique

  • « L’idée la plus dangereuse du monde » : ainsi Francis Fukuyama qualifie-t-il le transhumanisme. En modifiant la nature humaine, il menacerait le socle égalitaire de la démocratie : si l’augmentation est réservée aux riches, on crée une humanité à deux vitesses, biologiquement inégale (le scénario de Bienvenue à Gattaca).
  • L’hubris : écho direct au mythe de Prométhée et à l’avertissement de Hans Jonas — un pouvoir technique sans mesure devient une malédiction. Vouloir vaincre la mort, est-ce libérer ou nier l’humain ?
  • Le soupçon idéologique : derrière l’utopie, une industrie (Silicon Valley) qui vend rêve et données ; un imaginaire parfois eugéniste (améliorer « l’espèce »).
  • À son crédit : il pose de vraies questions — jusqu’où soigner ? qu’est-ce qu’une vie bonne ? faut-il accepter la finitude ? — que la bioéthique ne peut plus éluder.

À retenir

Le transhumanisme n’est ni de la science-fiction pure ni une science établie : c’est une philosophie du dépassement qui radicalise la promesse des Lumières (maîtriser la nature) jusqu’à retourner cette maîtrise sur l’humain lui-même. Le vrai débat n’est pas « pour ou contre le progrès » mais : qui décide, pour qui, et au nom de quelle idée de l’homme ?


Concepts / fiches liés

Index


Sources : J. Huxley, « Transhumanism » (1957) ; N. Bostrom, A History of Transhumanist Thought ; F. Fukuyama, « The World’s Most Dangerous Ideas » (2004) ; Wikipédia « Transhumanism » ; Cairn, « Le mouvement transhumaniste » (2018).