Philosophie → Anarchisme individualiste → Le penseur radical de l’« Unique »
Enjeu global
Max Stirner (pseudonyme de Johann Kaspar Schmidt) est l’auteur d’un livre-bombe : L’Unique et sa propriété (Der Einzige und sein Eigentum, 1844). Sa thèse est d’un radicalisme vertigineux : rien n’est au-dessus de Moi. Ni Dieu, ni l’État, ni la Société, ni l’Humanité, ni la Morale — toutes ces « causes supérieures » ne sont que des fantômes (Spuk), des idées fixes auxquelles l’individu sacrifie son moi réel. Il appelle chacun à se réapproprier sa vie. Œuvre fondatrice de l’anarchisme individualiste.
Repères
- Né à Bayreuth en 1806, professeur obscur, membre à Berlin du cercle des « Libres » (die Freien), ces Jeunes Hégéliens qui contestent Hegel (aux côtés de Bruno Bauer, Ruge, et un certain Engels).
- Un seul grand livre, immense choc à sa parution (1844), puis vite oublié — redécouvert plus tard comme précurseur.
La pensée : l’égoïsme et les « spectres »
- La critique des idées fixes : Stirner démonte une à une les abstractions sacrées — l’Esprit (Hegel), l’Homme (Feuerbach), la Liberté (Bauer), la Société et le Socialisme (Proudhon). Toutes exigent qu’on se soumette à elles. Ce sont des hantises (Spuk) qui possèdent l’individu comme des fantômes.
- L’Unique (der Einzige) : le seul point de départ non illusoire, c’est Moi, cet individu concret, irréductible à aucune catégorie. « Pour Moi, il n’y a rien au-dessus de Moi. »
- L’« égoïsme » et la propriété : non pas la cupidité, mais le fait de rapporter tout à soi, de faire de tout sa propriété (au sens de « ce qui est en mon pouvoir »), au lieu de se laisser posséder par des causes.
- L’« association des égoïstes » : contre l’État et la « communauté » sacrée, une union libre d’individus qui s’y engagent tant qu’elle les sert, sans s’y aliéner.
Postérité et nuance critique
- La cible de Marx : Marx et Engels ont consacré l’essentiel de L’Idéologie allemande à réfuter « Saint Max » — signe de l’importance qu’ils lui accordaient (voir Marx).
- Influences : précurseur de l’anarchisme individualiste, souvent rapproché de Nietzsche (la critique des idoles, le dépassement de la morale — parenté discutée) et lu comme un ancêtre de l’existentialisme.
- Critiques : sa position frôle le solipsisme et peut sembler invivable socialement (que reste-t-il du lien, de l’éthique ?). À confronter aux morales du collectif et de l’altruisme (voir L’Altruisme Efficace, Jésus et l’Anarchisme) — dont il est l’exact contrepoint.
Philosophes / concepts liés
- Hegel · Marx (le maître contesté et l’adversaire — Jeunes Hégéliens, L’Idéologie allemande)
- Jésus et l’Anarchisme (anarchisme, mais collectif/spirituel vs égoïste) · Violence · L’Altruisme Efficace (l’exact opposé moral)
- L’Esprit Critique (démonter les « idées fixes »)
Index
Sources : Wikipédia « L’Unique et sa propriété » ; Philopsis ; M. Stirner, L’Unique et sa propriété (1844).
À lire ensuite
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