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La Collapsologie

Sociologie / Écologie politique → Étude de l'effondrement des civilisations — La collapsologie est un « exercice transdisciplinaire d'étude de l'effondrement de notre civilisation industrielle » — et…

Sociologie / Écologie politique → Étude de l’effondrement des civilisations


Enjeu global

La collapsologie est un « exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle » — et de ce qui pourrait lui succéder. Née en France en 2015, elle prend au sérieux une hypothèse longtemps taboue : que notre civilisation thermo-industrielle, dépendante des énergies fossiles et d’une croissance infinie sur une planète finie, pourrait s’effondrer de notre vivant. L’enjeu n’est pas de prédire une date, mais de penser l’impensable pour s’y préparer — au risque d’un catastrophisme paralysant.


Le fondateur : Pablo Servigne

  • Pablo Servigne (né en 1978) est ingénieur agronome et docteur en biologie. Avec Raphaël Stevens (expert en résilience des systèmes socio-écologiques), il forge le mot dans son livre fondateur.
  • Le néologisme (de collapsus, « tombé en un seul bloc ») entrera dans le dictionnaire cinq ans plus tard. Servigne assume un statut de « lanceur d’alerte » plus que de savant patenté.

L’œuvre : une trilogie

  1. Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (Seuil, 2015, avec R. Stevens). Le livre-manifeste : après un démarrage lent, il devient un best-seller (plus de 100 000 exemplaires). Il dresse le tableau biophysique et économique de la planète et décrit à quoi un effondrement pourrait ressembler.
  2. L’Entraide. L’autre loi de la jungle (2017, avec Gauthier Chapelle). Thèse optimiste : contre le mythe du « chacun pour soi » en cas de catastrophe, les auteurs soutiennent, dans la lignée de Kropotkine (L’Entraide, 1902), que l’humain est l’espèce la plus coopérative — l’entraide est un moteur de l’évolution autant que la compétition.
  3. Une autre fin du monde est possible. Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre) (2018). Le versant intérieur et spirituel : comment habiter psychologiquement cette perspective sans sombrer.

Les idées-clés

1. Un effondrement systémique, pas une crise

La thèse centrale : les crises (climat, biodiversité, énergie, finance) sont interconnectées. La fragilité vient des effets domino entre systèmes couplés (une pénurie énergétique fait tomber l’agriculture industrielle, donc l’alimentation, donc l’ordre social…). Définition retenue : l’effondrement est « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, énergie) ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ».

2. Une science des « bornes » et des « frontières »

Elle s’appuie sur des travaux reconnus : les limites planétaires (Rockström, 2009), le rapport Meadows The Limits to Growth (Club de Rome, 1972), le pic pétrolier, l’effondrement de la biodiversité. La civilisation industrielle aurait dépassé plusieurs seuils de sécurité.

3. Une généalogie anglo-saxonne

Servigne se réclame de prédécesseurs : Jared Diamond (Collapse / Effondrement, 2005, sur les sociétés qui ont disparu — île de Pâques, Mayas), Joseph Tainter (The Collapse of Complex Societies, 1988 : les sociétés s’effondrent quand la complexité coûte plus qu’elle ne rapporte), Dmitry Orlov.

4. Raison et intuition

Revendication assumée et controversée : la collapsologie mobilise « les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition ». C’est aussi une invitation à un travail sur les émotions (deuil, éco-anxiété) — d’où le terme de « collapsonaute » pour celui qui navigue cette prise de conscience.


Nuance critique (la collapsologie très discutée)

La collapsologie est vivement contestée, sur plusieurs fronts :

  • Scientificité fragile : de nombreux chercheurs lui refusent tout statut scientifique ou légitimité académique. Le philosophe et ingénieur Jean-Pierre Dupuy — pourtant théoricien du « catastrophisme éclairé » — parle de « littérature médiocre » et de « thèse réactionnaire et fausse conceptuellement ».
  • Catastrophisme aveugle : Catherine et Raphaël Larrère (Le Pire n’est pas certain. Essai sur l’aveuglement catastrophiste, 2020) reprochent un fatalisme qui démobilise : si tout est joué, à quoi bon lutter ?
  • Dépolitisation : critique de gauche (Attac, la revue Contretemps) — en refusant de nommer le capitalisme comme cause, la collapsologie proposerait au mieux un repli (survivalisme, retour à la terre, petites communautés résilientes), au pire une impasse réactionnaire. L’entraide y resterait une stratégie de survie, non une solidarité de classe émancipatrice.
  • Démenti par les faits : lors de catastrophes partielles (ouragan Irma à Saint-Martin, 2017), pillages et violences ont contredit l’idéalisme de L’Entraide.

À son crédit (Bruno Villalba, Les Collapsologues et leurs ennemis, 2021) : elle pose de vraies questions sur le rapport à la croissance, à la technique et à l’égalité, et brise un déni confortable.


À retenir

La collapsologie est moins une science établie qu’un symptôme culturel majeur des années 2010-2020 : la fin de la croyance au progrès infini. Servigne a rendu pensable et discutable l’hypothèse de l’effondrement — un mérite réel — mais au prix d’un flou entre science, intuition et prophétie, et d’un angle mort politique. À manier avec l’esprit critique : prendre au sérieux l’alerte écologique sans épouser le fatalisme.


Concepts / fiches liés

Index


Sources : P. Servigne & R. Stevens, Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015) ; Wikipédia « Pablo Servigne » / « Comment tout peut s’effondrer » ; C. & R. Larrère, Le Pire n’est pas certain (2020) ; B. Villalba, Les Collapsologues et leurs ennemis (2021).

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