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Quentin Meillassoux

Philosophie → « Seule la contingence est nécessaire. » Le seul philosophe vivant qui ait rendu à la pensée le droit d'atteindre le monde SANS nous. Né en 1967 à Paris.

Philosophie → « Seule la contingence est nécessaire. » Le seul philosophe vivant qui ait rendu à la pensée le droit d’atteindre le monde SANS nous.


1. L’homme

Né en 1967 à Paris. Fils de l’anthropologue Claude Meillassoux (marxiste, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et de l’esclavage — auteur d’Anthropologie de l’esclavage). Normalien, élève et héritier d’Alain BADIOU (qui préface son premier livre et le tient pour l’un des événements majeurs de la philosophie contemporaine). Il enseigne à l’ENS-Ulm.

L’œuvre est mince et immense :

Année Livre
1997 L’Inexistence divine — sa thèse, ⚠️ jamais publiée, et pourtant le cœur de tout le système. (Annoncée « à paraître » depuis vingt ans. Seuls des extraits circulent, traduits.)
2006 APRÈS LA FINITUDE. Essai sur la nécessité de la contingence (Seuil, préface de Badiou — ~160 pages). Le livre qui a fait exploser la philosophie continentale. Traduit en anglais dès 2008 par Ray Brassier.
2011 Le Nombre et la Sirène — un déchiffrement du Coup de dés de MALLARMÉ : il prétend y avoir trouvé le nombre codé (707) que le poème dissimule.

2. ⭐⭐ LA CIBLE : LE CORRÉLATIONISME

C’est LE concept, et il faut le comprendre exactement.

DÉFINITION : le corrélationisme est la thèse selon laquelle nous n’avons jamais accès qu’à la CORRÉLATION entre la pensée et l’être — jamais à l’un des deux pris SÉPARÉMENT.

Autrement dit : on ne peut pas penser une chose sans la penser — donc on ne peut jamais l’atteindre « en soi », hors de tout rapport à un sujet. On ne pense jamais un objet ; on pense toujours un objet-pour-nous.

➤ L’acte de naissance : KANT. Les choses en soi sont inconnaissables ; nous ne connaissons que des phénomènes, structurés par nos formes a priori. 👉 La « révolution copernicienne » de Kant est en réalité, dit Meillassoux, une CONTRE-révolution PTOLÉMÉENNE : Copernic avait décentré l’homme ; Kant le remet au centre, puisque désormais c’est l’objet qui doit se régler sur le sujet.

➤ Et tout le XXᵉ siècle continentale est corrélationiste, quelle que soit sa langue :

École Sa version de la corrélation
<span class=“lien-absent”>Phénoménologie</span> (Husserl) toute conscience est conscience DE quelque chose — l’intentionnalité
Heidegger l’être ne se donne que dans l’ouverture du Dasein — pas d’être sans « il y a »
Wittgenstein / <span class=“lien-absent”>philo analytique</span> les limites de mon langage sont les limites de mon monde
Structuralisme / postmodernisme le réel est toujours déjà filtré par les structures, le discours, le pouvoir, la culture

🔑 LA FORMULE QUI RÉSUME LE DIAGNOSTIC : depuis Kant, la philosophie n’a plus le droit de parler du grand dehors — de ce monde qui existait avant nous et existera après, indifférent à nous. Elle est enfermée dans le cercle du sujet. Meillassoux appelle cela : la FINITUDE.

➤ ⚠️ ET LA CONSÉQUENCE POLITIQUE, qui est le vrai enjeu — le « FIDÉISME »

Si la raison ne peut RIEN savoir de l’absolu, alors elle ne peut plus RIEN objecter à personne qui prétend y accéder autrement. 👉 En interdisant à la raison l’accès à l’absolu, le corrélationisme n’a pas tué le religieux : il lui a LAISSÉ LE CHAMP LIBRE. Le scepticisme critique s’est retourné en permis de croire n’importe quoi. Toute croyance devient également « légitime » puisqu’aucune ne peut plus être réfutée par la raison. Meillassoux appelle ce résultat le RETOUR DU RELIGIEUX — et il tient la philosophie pour responsable. Voir L’Esprit Critique, Les Sectes.


3. ⭐⭐⭐ L’ARME : L’ARCHIFOSSILE (l’argument le plus élégant de la philosophie contemporaine)

L’ARCHIFOSSILE = un matériau (isotope radioactif, lumière d’une étoile morte) qui permet de DATER un événement ANTÉRIEUR à toute vie, donc à toute conscience. L’ANCESTRALITÉ = ce qui a eu lieu avant toute forme de rapport au monde.

Les énoncés scientifiques sont d’une précision insolente :

Énoncé Date
Naissance de l’univers ~13,8 milliards d’années
Accrétion de la Terre ~4,56 milliards d’années
Apparition de la vie ~3,5 milliards d’années

🔑 LE PIÈGE, ET IL EST MORTEL

Que fait le corrélationiste d’un tel énoncé ? Il ne peut pas dire qu’il est FAUX (il aurait toute la science contre lui). Il est donc contraint d’ajouter en silence une clause : « l’univers est né il y a 13,8 milliards d’années… POUR NOUS. » « …dans le cadre de notre corrélation. »

⚠️ Mais l’énoncé ancestral porte précisément sur un temps où IL N’Y AVAIT PAS DE « POUR NOUS ». 👉 Le corrélationiste est donc obligé de dire quelque chose d’absurde : « ce qui a eu lieu AVANT toute conscience n’a eu lieu QUE POUR une conscience. »

Meillassoux ne dit pas que c’est faux. Il dit que c’est RIDICULE — et surtout que le corrélationiste est incapable d’entendre l’énoncé du savant AU SENS OÙ CELUI-CI LE DIT. ⭐ Le philosophe se retrouve à ajouter, derrière le dos du scientifique, un petit « pour nous » qu’il n’ose pas dire à voix haute. C’est ce que Meillassoux appelle « l’ironie du savant ».

➡️ CONCLUSION : il faut TROUVER LE MOYEN D’ATTEINDRE UN ABSOLU. Sinon, la philosophie ne peut même plus lire un manuel de géologie.


4. LA SOLUTION : LE PRINCIPE DE FACTUALITÉ (le retournement)

Meillassoux ne revient PAS au dogmatisme pré-kantien (il n’y a aucun retour possible à une « chose en soi » nécessaire, à un Dieu, à une substance). Il fait bien plus fort : il RETOURNE l’argument du corrélationiste CONTRE lui.

Le raisonnement, en trois temps :

  1. Le corrélationiste dit : « tu ne peux pas savoir ce qu’est l’en-soi ; tout pourrait être tout autre chose — c’est peut-être Dieu, peut-être le chaos, peut-être rien ». Il fait donc de la CONTINGENCE de nos représentations un argument sceptique.
  2. Meillassoux répond : ⭐ « Cette contingence dont tu te sers pour me faire taire — TU LA PENSES COMME ABSOLUE. » Tu n’es pas en train de dire « je ne sais pas si tout peut être autrement » ; tu dis « tout PEUT effectivement être autrement, et c’est bien pourquoi je ne sais rien ». Donc tu connais déjà une propriété de l’en-soi : SA CAPACITÉ D’ÊTRE AUTRE.
  3. ➡️ DONC : la CONTINGENCE n’est pas une limite de notre savoir. C’est une PROPRIÉTÉ ABSOLUE DES CHOSES.

🔑 LA THÈSE, EN UNE LIGNE

« SEULE LA CONTINGENCE EST NÉCESSAIRE. » — « Il n’y a rien de nécessaire, sinon que rien ne soit nécessaire. »

C’est le PRINCIPE DE FACTUALITÉ : la facticité (le fait brut que les choses soient ainsi sans raison) n’est pas une infirmité de notre connaissancec’est la structure même du réel.

➤ Et donc : la DESTRUCTION du PRINCIPE DE RAISON SUFFISANTE (Leibniz : « rien n’est sans raison »).

Il n’y a AUCUNE raison à ce qui est. Aucun fondement. Aucune nécessité. Le réel est GRATUIT — et cette gratuité est la seule chose absolue. (⚠️ Attention : le principe de non-contradiction, lui, est MAINTENU — Meillassoux le déduit même de la contingence : un être contradictoire serait nécessaire (rien ne pourrait l’affecter, il serait déjà son contraire) — donc, si tout doit pouvoir changer, rien ne peut être contradictoire.)


5. L’HYPER-CHAOS (la conséquence, et elle est terrifiante)

Si la contingence est absolue, alors le temps réel n’est pas le devenir tranquille : c’est un TEMPS CAPABLE DE TOUT.

L’HYPER-CHAOS : un temps si puissant qu’il peut détruire ou créer n’importe quoi, sans raison, à tout instant — y compris les lois de la nature elles-mêmes. ⚠️ Ce n’est PAS le « chaos » ordinaire (le désordre, l’aléatoire réglé par des probabilités). C’est un chaos qui peut aussi produire de l’ORDRE — et le maintenir pendant treize milliards d’années — sans que cet ordre soit pour autant NÉCESSAIRE.

➤ Cela réactive le PROBLÈME DE Hume (« qu’est-ce qui me garantit que le soleil se lèvera demain ? »)mais avec une réponse INVERSE de toute la tradition :

  • Kant répondait : si les lois pouvaient changer, il n’y aurait ni monde ni conscience stables ; or il y en a ; donc les lois sont nécessaires.
  • Meillassoux répond : c’est un SOPHISME PROBABILISTE. On raisonne comme si l’ensemble des mondes possibles formait un ensemble dénombrable sur lequel on pourrait calculer une probabilité (« il serait improbable que les lois tiennent par hasard depuis si longtemps »). Mais on n’a AUCUN DROIT d’appliquer les probabilités à la TOTALITÉ des possibles. (Il s’appuie ici sur Cantor et le transfini : il n’y a pas de « tout » des possibles — l’ensemble de tous les ensembles n’existe pas. Donc on ne peut pas totaliser, donc on ne peut pas probabiliser.)

👉 La stabilité des lois n’est donc pas une PREUVE de leur nécessité. Elle est un FAIT — sans raison, et sans garantie. ⚠️ Autrement dit : il est parfaitement possible que les lois de la physique changent demain matin, sans cause, sans signe avant-coureur. Et rien, absolument rien, ne permet de dire que c’est « improbable ».


6. ⚠️ LE SECRET : L’INEXISTENCE DIVINE (le livre qu’on n’a jamais lu)

C’est ici que Meillassoux devient stupéfiant — et que beaucoup décrochent.

Si l’hyper-chaos peut TOUT faire surgir sans raisonet l’histoire du monde le prouve : la matière est apparue sans raison, puis la VIE est apparue sans raison, puis la PENSÉE est apparue sans raisonalors rien n’interdit qu’un QUATRIÈME monde surgisse.

Meillassoux appelle ce monde possible : celui de la JUSTICE. Et il implique la RÉSURRECTION DES MORTS. Sa thèse (littéralement) : Dieu n’existe pas — et c’est précisément pour cela qu’il peut encore advenir. Un Dieu actuellement existant serait un scandale moral (il aurait laissé faire l’horreur : c’est le problème du mal, la théodicée). Mais un Dieu à VENIR, surgi sans raison de l’hyper-chaos, serait innocent — et pourrait réparer l’injustice faite aux morts. 👉 On peut donc espérer — non pas croire, espérer — sans être ni religieux ni irrationnel. C’est ce qu’il nomme la « vectorialité » de l’espérance.

⚠️ C’est la partie la plus contestée de son œuvre. Et il faut noter l’ironie : le philosophe qui accuse le corrélationisme d’avoir ouvert la porte au fidéisme finit par déduire, de sa propre métaphysique, la possibilité d’un Dieu et d’une résurrection. Ses adversaires y voient une théologie déguisée en mathématique. Ses défenseurs, la seule éthique cohérente possible dans un monde sans raison.


7. Le RÉALISME SPÉCULATIF (le mouvement)

Né d’un colloque au Goldsmiths College de Londres, avril 2007quatre philosophes qui ne s’entendent sur presque rien, sauf sur le rejet du corrélationisme :

Quentin MEILLASSOUX le matérialisme spéculatif — l’absolu est mathématisable
Ray BRASSIER le nihilisme« la pensée n’a pas d’intérêt pour la vie ; la vie n’a pas d’intérêt pour la vérité » ; l’extinction
Graham HARMAN l’ontologie orientée-objet (OOO)les objets se retirent, même les uns par rapport aux autres : un feu qui brûle du coton ne touche pas plus l’être du coton que moi
Iain Hamilton GRANT le vitalisme post-schellingien

👉 C’est aujourd’hui l’un des courants les plus actifs de la philosophie mondiale — et il irrigue l’art contemporain, l’écologie (Timothy Morton), et la théorie de l’anthropocène. Pourquoi ? Parce qu’une époque qui découvre qu’elle peut disparaître a besoin d’une philosophie capable de penser un monde SANS elle. Voir Prospective - Horizon 100 000, La Collapsologie.



⭐⭐⭐ 8. MEILLASSOUX ET LE THÈME <span class=“lien-absent”>« L’HUMANITÉ »</span>

Il est LA référence contemporaine que personne ne citera — et il fait basculer au moins six sujets.

➤ ① Il attaque KANT là où le thème l’installe

Tout le cours HEC repose sur une chaîne : Descartes (le cogito) → Kant (la dignité, l’autonomie) → les droits de l’homme. Or Meillassoux montre que cette chaîne a un COÛT ÉNORME, jamais payé :

Kant n’a pas seulement fondé la dignité humaine. Il a rendu le monde INACCESSIBLE. Depuis lui, l’homme est la condition de tout ce qui peut être connu — il n’y a plus d’objet, il n’y a que des objets-pour-nous. 👉 La « révolution copernicienne » de Kant est une CONTRE-RÉVOLUTION PTOLÉMÉENNE : Copernic avait décentré l’homme ; Kant l’a remis au centre.En dissertation : l’humanisme moderne n’est pas seulement une promotion morale de l’homme — c’est une promotion ONTOLOGIQUE, et c’est peut-être le plus grand acte d’orgueil de l’histoire de la pensée. (Voir la question ❷ : « l’homme est-il un vivant à part ? ».)

➤ ② L’ARCHIFOSSILE = penser un monde SANS nous (le « grand dehors »)

Le thème te demande de penser l’humanité aux FRONTIÈRES. Meillassoux te donne la frontière la plus extrême : celle du temps où il n’y avait personne.

L’univers a 13,8 milliards d’années. La pensée en a quelques centaines de milliers. 👉 L’écrasante majorité du réel s’est déroulée SANS TÉMOIN — et se déroulera SANS NOUS.C’est la meilleure ouverture possible pour les sujets sur la fin de l’humanité, l’anthropocène, l’extinctionet c’est l’exact contraire du prêchi-prêcha : au lieu de plaindre l’humanité, on la relativise. (À croiser avec Ray BRASSIER : penser l’extinction n’est pas un scénario catastrophe, c’est une condition de la lucidité.) Voir Prospective - Horizon 100 000, La Collapsologie.

➤ ③ 🔑 L’HUMANITÉ EST CONTINGENTE — et c’est démontrable

C’est l’apport le plus décisif.

« Seule la contingence est nécessaire. »Donc l’humanité n’a AUCUNE nécessité. Elle est apparue sans raison. Elle peut disparaître sans raison. Elle aurait pu ne jamais être. Et elle pourrait cesser demain, sans cause, sans signe, sans sens.

⭐⭐ CE QUE ÇA FAIT À TA COPIE : Meillassoux fournit la MÉTAPHYSIQUE de ce que FOUCAULT ne disait qu’en HISTORIEN.

Foucault (Les Mots et les Choses, 1966) « L’homme est une invention dont l’archéologie montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine. »un constat d’archive
MEILLASSOUX la DÉMONSTRATION : si le principe de raison suffisante est faux, rien — pas même l’homme, pas même les lois de la nature — n’a de fondement.
👉 Foucault dit que l’homme finira. Meillassoux dit POURQUOI il le peut : parce que RIEN ne le retient.

➤ ④ Il donne la métaphysique du régime 🅴 ÉVÉNEMENT (cf. cours, ❶ ter)

Meillassoux décrit l’histoire du réel comme une suite de SURGISSEMENTS ex nihilo, sans raison :

la MATIÈRE (sans raison)la VIE (sans raison — irréductible à la matière)la PENSÉE (sans raison — irréductible à la vie) 👉 L’humanité n’est ni une PROPRIÉTÉ, ni un STATUT, ni même une CRÉATION : c’est un ÉVÉNEMENT — un « monde » qui a SURGI, gratuitement, du néant de raison. ⚠️ Et c’est la thèse la plus anti-darwinienne d’un philosophe qui accepte pourtant Darwin : la nouveauté (la vie, la pensée) n’est pas déductible de ce qui la précède. L’émergence est réelle, pas apparente. Voir Émergence.

➤ ⑤ L’Inexistence divine = la réponse la plus radicale au sujet « l’humanité peut-elle progresser ? »

S’il y a eu trois mondes sans raison, RIEN N’INTERDIT UN QUATRIÈME : le monde de la JUSTICE (avec la résurrection des morts — la réparation de l’injustice faite à ceux qui sont morts injustement).

🔑 « Dieu n’existe pas — et c’est précisément pour cela qu’il peut encore advenir. » 👉 On peut ESPÉRER sans CROIRE. L’humanité accomplie n’est ni garantie (contre Hegel, Marx, les Lumières) ni impossible (contre le nihilisme) : elle est CONTINGENTE.C’est exactement le statut de l’humanité comme IDÉAL — mais démontré, au lieu d’être prêché. (À opposer à Kant et sa paix perpétuelle, et à la DUDH : chez eux, l’idéal est une tâche de la raison ; chez Meillassoux, c’est une possibilité du réel.)

➤ ⑥ Le FIDÉISME = l’argument massue pour « le mot humanité sert-il de masque ? »

En interdisant à la raison l’accès à l’absolu, la modernité n’a pas éteint le fanatisme : elle l’a désarmé de tout contradicteur. Si aucune croyance n’est réfutable, toutes se valent — et la plus violente gagne. 👉 Le relativisme culturel bien intentionné et le fanatisme se tiennent la main. C’est la charge la plus dure jamais portée contre le postmodernisme — et elle vient de la gauche. Voir L’Esprit Critique, Les Sectes, Le Nationalisme.

➤ ⑦ Et l’ARME POLITIQUE (l’héritage de Badiou)

Si rien n’a de raison suffisante, alors RIEN N’EST JUSTIFIÉ. Aucune hiérarchie, aucun ordre social, aucune inégalité, aucune souffrance ne peut se réclamer d’une nécessité — ni naturelle, ni historique, ni divine. 👉 La contingence absolue est la ruine de toute idéologie de la résignation (« c’est la nature humaine », « ça a toujours été comme ça », « on ne peut rien y faire »). Le monde est ainsi SANS RAISON — donc il pourrait être ABSOLUMENT autrement. Voir Bourdieu, Le Guépard (Lampedusa) (« il faut que tout change pour que rien ne change » — l’exact contraire).

📌 LA PHRASE À PLACER EN COPIE

« Depuis Kant, l’homme n’est plus seulement au centre de la morale : il est au centre de l’ÊTRE. Quentin Meillassoux appelle cela le corrélationisme — et l’archifossile en est la réfutation : quand le géologue date la Terre à 4,56 milliards d’années, il parle d’un temps où il n’y avait personne pour que quoi que ce soit soit “pour quelqu’un”. »


Esprit critique (le contradicteur)

  • ⚠️ L’argument de l’archifossile est-il vraiment fatal ? Le corrélationiste répond : je ne dis pas que l’événement a eu lieu « pour nous » ; je dis que l’ÉNONCÉ sur cet événement, lui, est produit maintenant, par nous, à partir de traces présentes. Il n’y a aucune contradiction à décrire scientifiquement un passé sans témoin. (C’est la réponse de la plupart des phénoménologues — et elle est solide.) 👉 Meillassoux répond que c’est justement cette « traduction » qui est le symptôme : le philosophe n’entend plus le savant au sens littéral où celui-ci parle.
  • ⚠️ Le sophisme du sophisme probabiliste ? Beaucoup jugent que le passage par Cantor (« on ne peut pas totaliser les possibles, donc on ne peut pas probabiliser ») est une élégance formelle qui ne prouve pas grand-chose : de ce qu’on ne peut pas calculer une probabilité, il ne suit pas qu’il soit rationnel de s’attendre à ce que les lois changent.
  • ⚠️ Un système bâti sur un livre inédit. *On lui reproche de faire reposer l’édifice sur L’Inexistence divine, que personne n’a lu. La philosophie contemporaine la plus commentée du monde repose en partie sur un texte fantôme.
  • ⚠️ Et l’objection la plus dure : après avoir démoli le fidéisme, il déduit un Dieu. Ses détracteurs parlent d’un « athéisme messianique » — ou d’un tour de passe-passe.
  • Mais ce qu’on ne peut pas lui retirer : il a rendu à la philosophie le droit de parler du RÉEL — après un siècle où elle n’avait plus le droit de parler que du langage, du discours, du pouvoir ou du vécu. Et il l’a fait avec 160 pages, un argument, et une prose limpide.

Dimension symbolique

  • Le « GRAND DEHORS ». La grande émotion de Meillassoux, c’est la nostalgie d’un monde indifférent à nous — celui des présocratiques, celui de Lucrèce, celui des astronomes. Sa philosophie est une tentative de sortir de la chambre où Kant nous a enfermés, et de retrouver le froid.
  • La contingence comme LIBERTÉ. Si rien n’est nécessaire, alors rien n’est justifié. Aucun ordre social, aucune hiérarchie, aucune souffrance ne peut se réclamer d’une nécessité. 👉 C’est l’héritage de Badiou : la contingence absolue est une arme politique. Le monde est comme il est sans raison — donc il pourrait être autrement, absolument autrement. Voir Le Nationalisme, Bourdieu.
  • Et le vertige : la même thèse qui autorise l’espérance (un monde de justice peut advenir) autorise l’horreur (les lois peuvent cesser demain). La contingence ne prend pas parti.

À retenir

Né en 1967, normalien, élève de Badiou. Une œuvre minuscule et détonante : APRÈS LA FINITUDE (2006, ~160 p.). SA CIBLE : le CORRÉLATIONISMEla thèse, dominante depuis Kant, selon laquelle nous n’accédons jamais qu’à la corrélation entre la pensée et l’être, jamais à l’être « en soi ». (Phénoménologie, Heidegger, Wittgenstein, structuralisme : tous corrélationistes.) 👉 Meillassoux appelle la « révolution copernicienne » de Kant une CONTRE-RÉVOLUTION PTOLÉMÉENNE : Copernic avait décentré l’homme, Kant le remet au centre. ⚠️ Et l’enjeu est politique : en interdisant à la RAISON l’accès à l’absolu, le corrélationisme n’a pas tué le religieux — IL LUI A LAISSÉ LE CHAMP LIBRE (le fidéisme : plus rien n’est réfutable, donc tout est croyable). ⭐ SON ARME : L’ARCHIFOSSILE. La science date l’univers à 13,8 milliards d’années, la Terre à 4,56 milliards — c’est-à-dire AVANT toute conscience. Que fait le corrélationiste ? Il doit ajouter en silence « …pour nous » — et dire ainsi que ce qui a eu lieu AVANT toute conscience n’a eu lieu QUE POUR une conscience. C’est ridicule — et surtout, le philosophe n’entend plus le savant au sens où celui-ci parle. ⭐⭐ SA SOLUTION : LE PRINCIPE DE FACTUALITÉ — il RETOURNE l’argument sceptique. Le corrélationiste dit « tout pourrait être autrement, donc tu ne sais rien ». Meillassoux : « mais cette capacité-d’être-autre, tu viens de la penser comme ABSOLUE ». 👉 « SEULE LA CONTINGENCE EST NÉCESSAIRE. » La contingence n’est pas une limite de notre savoir : c’est une PROPRIÉTÉ ABSOLUE DU RÉEL. (Le principe de raison suffisante de Leibniz est détruit ; le principe de non-contradiction est sauvé — un être contradictoire serait nécessaire, donc impossible dans un monde où tout doit pouvoir changer.) CONSÉQUENCE : L’HYPER-CHAOSun temps capable de tout créer et tout détruire sans raison, y compris les lois de la nature. ⚠️ *Et contre Kant sur Hume : dire que la stabilité des lois « prouve » leur nécessité est un SOPHISME PROBABILISTE — car (via Cantor) il n’existe pas de « tout » des possibles, donc on ne peut pas les probabiliser. La stabilité du monde est un FAIT, pas une garantie. ⚠️ ET LE SECRET : L’Inexistence divine (sa thèse, jamais publiée)si l’hyper-chaos a fait surgir sans raison la matière, puis la vie, puis la pensée, rien n’interdit qu’un quatrième monde surgisse : celui de la JUSTICE, avec la RÉSURRECTION DES MORTS. 👉 « Dieu n’existe pas — et c’est précisément pour cela qu’il peut encore advenir. » (Un Dieu existant serait coupable ; un Dieu à venir serait innocent.) CONTRADICTEUR : le corrélationiste répond que l’énoncé sur le passé est produit maintenant, ce qui n’a rien de contradictoire ; on juge le passage par Cantor élégant mais peu probant ; et l’on note l’ironie — celui qui accusait le corrélationisme d’ouvrir la porte au fidéisme finit par déduire un Dieu.Mais il a rendu à la philosophie le droit de parler du RÉEL — le « grand dehors », ce monde indifférent à nous — après un siècle où elle n’avait plus le droit de parler que du langage et du discours.

🔗 Liens

Sources : Seuil — Après la finitude · Revue philosophique / Cairn — recension · Parrhesia 25 — extrait traduit de L’Inexistence divine

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