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Le Présentisme

Historiographie → Quand le présent dévore le passé et l'avenir — et déforme notre lecture de l'histoire — Le présentisme désigne deux choses liées, qui interrogent toutes deux notre rapport au temps :

Historiographie → Quand le présent dévore le passé et l’avenir — et déforme notre lecture de l’histoire


Enjeu global

Le présentisme désigne deux choses liées, qui interrogent toutes deux notre rapport au temps :

  1. un régime d’historicité (François Hartog, Régimes d’historicité, 2003) : la manière contemporaine de vivre le temps, dominée par un présent omniprésent ;
  2. un biais de méthode en histoire : juger et lire le passé avec les yeux du présent (anachronisme).

1. Le présentisme comme régime d’historicité (Hartog)

Un régime d’historicité est une façon d’articuler passé, présent et avenir, et de leur donner sens. Hartog en distingue trois :

  • Ancien Régime : le passé éclaire l’avenir — « l’histoire, maîtresse de vie » (on imite les Anciens, voir La Querelle des Anciens et des Modernes).
  • Régime moderne (après 1789) : c’est l’avenir qui donne la leçon — foi dans le progrès, la révolution, le sens de l’Histoire.
  • Présentisme (depuis ~1989, chute du Mur) : ni le passé ni l’avenir ne guident plus ; il ne reste qu’un présent perpétuel, immédiat, saturé.

Les symptômes du présentisme

  • L’urgence et l’immédiat : tout est « en direct », instantané, sans profondeur (voir Les Petits Dramas, La Société du Spectacle).
  • L’obsession de la mémoire et du patrimoine : paradoxe — plus le présent règne, plus on commémore, on patrimonialise, on multiplie les devoirs de mémoire (voir Mémoire, Devoir de mémoire). Le passé devient un objet de consommation présente.
  • L’avenir comme menace : privé d’un futur porteur d’espoir, on le vit comme catastrophe (crise climatique, collapsologie) — un futur qui pèse plutôt qu’il ne guide.

2. Le présentisme comme faute d’historien (anachronisme)

Dans un sens plus technique, « présentisme » nomme l’erreur de projeter sur le passé nos concepts et nos valeurs actuels : juger un personnage du XVIIᵉ siècle selon la morale de 2026, lire l’Antiquité avec nos catégories (nation, individu, race…). L’historien doit au contraire restituer le passé dans son époque — sans pour autant renoncer à tout jugement (débat vif).

Dimension symbolique

  • Comment ton présent réécrit tout : le présentisme montre que ce qu’on retient du passé et ce qu’on projette sur l’avenir dépendent de la question du présent — chaque époque refait son histoire à partir de ses préoccupations. (Écho à ta remarque : l’information donnée maintenant réorganise tout le reste.)
  • Enjeu critique : le présentisme peut aplatir l’histoire (tout ramener à soi, perdre l’altérité du passé) — mais en avoir conscience est un outil d’esprit critique : savoir d’où l’on parle.
  • Nietzsche l’avait pressenti (De l’utilité et de l’inconvénient de l’histoire, 1874) : trop de passé paralyse, trop peu déracine — il faut un usage vital de l’histoire (voir Nietzsche).

À retenir

Le présentisme a deux sens. (1) Chez Hartog, c’est le régime d’historicité contemporain (depuis ~1989) : un présent omniprésent qui a détrôné le passé-modèle (Ancien Régime) et l’avenir-guide (modernité) — d’où l’urgence, l’obsession de mémoire/patrimoine, et un futur vécu comme menace. (2) C’est aussi la faute d’anachronisme : juger le passé avec les valeurs du présent. Dans les deux cas : notre présent façonne ce que nous faisons du temps.

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