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L'Écoféminisme

Sociologie / Écologie politique → Croisement du féminisme et de l'écologie — L'écoféminisme part d'une intuition : la domination des femmes et la destruction de la nature ont une origine commune — le…

Sociologie / Écologie politique → Croisement du féminisme et de l’écologie


Enjeu global

L’écoféminisme part d’une intuition : la domination des femmes et la destruction de la nature ont une origine commune — le patriarcat et le capitalisme qui traitent la femme et la terre comme des ressources à exploiter. Lutter contre l’une sans l’autre serait vain. C’est à la fois une grille de lecture (les oppressions sont liées) et un mouvement militant.


Origine et autrices clés

  • Françoise d’Eaubonne (1920–2005) invente le mot dans Le Féminisme ou la mort (1974). Militante française, elle affirme que l’oppression des femmes et la destruction de l’environnement ont une racine commune : le capitalisme patriarcal. Longtemps oubliée, elle est aujourd’hui redécouverte.
  • Carolyn Merchant, The Death of Nature (La Mort de la nature, 1980) : première œuvre systématique. Elle montre comment le passage d’une Terre vue comme organisme vivant (nourricier) à une Terre vue comme machine (révolution scientifique du XVIIe) a justifié la domination conjointe de la nature et des femmes.
  • Vandana Shiva (Inde) & Maria Mies, Ecofeminism (1993) : versant anticolonial et anticapitaliste. Shiva défend les paysannes du Sud contre l’agro-industrie (semences, biodiversité) ; Mies théorise le « capitalisme-patriarcat ». Critique du « développement » et du mythe du rattrapage.

Les idées-clés

  1. Le parallèle domination : mêmes logiques de dévalorisation appliquées à « la femme » et à « la nature » (passives, à maîtriser, à posséder).
  2. La critique de la science moderne : la rationalité de la domination (Bacon, Descartes) aurait désenchanté et instrumentalisé le vivant.
  3. Une éthique du care : valoriser le soin, l’entretien de la vie, l’interdépendance — contre la logique de performance et de prédation.
  4. Écoféminisme spirituel vs matérialiste : un courant essentialiste (la femme serait « plus proche » de la nature) s’oppose à un courant matérialiste/marxiste (c’est le rapport social d’exploitation, non la biologie, qui lie les deux).

Nuance critique

  • Le risque essentialiste : associer « femme » et « nature » peut renaturaliser ce que le féminisme voulait déconstruire (la femme « douce », « maternelle », « proche de la terre ») — exactement le stéréotype à combattre. Les écoféministes matérialistes (Mies) le refusent ; les spirituelles l’assument.
  • Flou et hétérogénéité : le courant rassemble des positions très diverses (spirituelles, marxistes, anarchistes), ce qui fragilise sa cohérence.
  • Regain récent : longtemps marginal en France, l’écoféminisme connaît un fort retour depuis les années 2010, porté par l’urgence climatique et la redécouverte de d’Eaubonne.

Concepts / fiches liés

Index


Sources : F. d’Eaubonne, Le Féminisme ou la mort (1974) ; C. Merchant, The Death of Nature (1980) ; M. Mies & V. Shiva, Ecofeminism (1993) ; Wikipédia « Écoféminisme ».