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John Stuart Mill

Philosophe et économiste britannique. Figure centrale du libéralisme et de l'utilitarisme. Élevé dans une éducation intellectuelle extrême par son père (grec à 3 ans, logique à 12), il en fait une…

Philosophe et économiste britannique. Figure centrale du libéralisme et de l’utilitarisme. Élevé dans une éducation intellectuelle extrême par son père (grec à 3 ans, logique à 12), il en fait une dépression à 20 ans — qui l’amènera à corriger l’utilitarisme trop sec de ses maîtres.


1. L’utilitarisme raffiné : tous les plaisirs ne se valent pas

L’utilitarisme (Bentham) tient en une formule : l’action bonne est celle qui maximise le bonheur du plus grand nombre. Le seul critère est le solde plaisir/douleur.

🔑 Mill hérite de cette doctrine mais la CORRIGE sur un point décisif : Bentham comptait les plaisirs de façon purement QUANTITATIVE (un plaisir vaut un plaisir). Mill introduit la QUALITÉ. 👉 Il distingue plaisirs « supérieurs » (intellectuels, esthétiques, moraux) et « inférieurs » (sensuels). Sa phrase : « Mieux vaut être un Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. »

⚠️ L’objection immédiate : qui décide de la hiérarchie ? Mill répond : ceux qui ont goûté aux deux préfèrent invariablement les plaisirs supérieurs. Réponse élégante — mais fragile (élitiste, et invérifiable).


2. De la liberté (1859) : le principe de non-nuisance

⭐⭐ Son texte le plus important, et l’un des fondements du libéralisme politique.

🔑 LE principe (harm principle) : « la seule raison pour laquelle on peut légitimement exercer un pouvoir sur un membre d’une société civilisée, contre sa volonté, est d’empêcher qu’il ne nuise à autrui. »

👉 Autrement dit : sur ce qui ne concerne QUE lui-même (son corps, ses idées, son mode de vie), l’individu est SOUVERAIN. La société n’a pas à intervenir — même « pour son bien ». ⚠️ « On ne peut légitimement contraindre quelqu’un au motif que ce serait meilleur pour lui, qu’il en serait plus heureux, que, dans l’opinion des autres, ce serait sage. » (C’est l’argument-clé contre le paternalisme — cf. Trois Débats Éthiques — Peine de Mort, Avortement, Euthanasie.)

Corollaire, sa défense magistrale de la LIBERTÉ D’EXPRESSION : même une opinion fausse doit pouvoir s’exprimer. Pourquoi ?

  • Si elle est vraie, on perd la vérité en la censurant.
  • Si elle est fausse, la contredire RAFRAÎCHIT notre compréhension de pourquoi le vrai est vrai.
  • 🔑 Sans opposition, même une opinion juste devient un « dogme mort », répété sans être compris. C’est le cœur de L’Esprit Critique.

3. Le féministe : L’Asservissement des femmes (1869)

Mill est l’un des rares grands philosophes hommes du XIXᵉ à écrire un plaidoyer féministe. Il y défend l’égalité juridique, le droit de vote et l’accès des femmes à l’éducation et au travail.

👉 Son argument : la prétendue « nature » féminine est en réalité le PRODUIT de siècles de subordination — on ne peut rien conclure de ce que sont les femmes tant qu’elles n’ont pas été libres. (Idée que reprendra Simone de Beauvoir : « on ne naît pas femme, on le devient ».) ⚠️ Il a co-pensé l’œuvre avec Harriet Taylor, qu’il crédite explicitement — rare à l’époque.


4. Esprit critique

(a) Où finit « moi » et où commence « autrui » ? 🔑 Le principe de non-nuisance suppose qu’on puisse séparer nettement les actes « qui ne concernent que soi » de ceux qui nuisent à autrui. Or presque tout acte a des effets sur les autres (ma santé pèse sur la Sécu, mon addiction sur ma famille). La frontière est bien plus floue que Mill ne l’admet.

(b) L’utilitarisme se heurte à la justice. ⚠️ Maximiser le bonheur total peut justifier de sacrifier une minorité pour le bien de la majorité (le shérif qui condamne un innocent pour calmer une foule). C’est l’objection classique — que Rawls développera contre tout l’utilitarisme : il « ne prend pas au sérieux la distinction entre les personnes ».

© Un libéralisme de son temps.Mill excluait les « sociétés non civilisées » et les enfants de son principe de liberté, et défendait la colonisation britannique (il travaillait pour la Compagnie des Indes). Son universalisme avait des angles morts très datés.

🔑 Bilan : le penseur qui a donné au libéralisme ses arguments les plus solides — la souveraineté de l’individu sur lui-même, la liberté d’expression, l’égalité des sexes — tout en léguant les tensions non résolues de l’utilitarisme (justice vs bonheur total) et de la frontière soi/autrui.


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