L'Encyclopédie
Accueil · Sociologie · Concepts

La Transidentité

Sociologie du genre / Psychologie → L'identité de genre distincte du sexe assigné — La transidentité désigne le fait, pour une personne, d'avoir une identité de genre différente du sexe qui lui a été…

Sociologie du genre / Psychologie → L’identité de genre distincte du sexe assigné


Enjeu global

La transidentité désigne le fait, pour une personne, d’avoir une identité de genre différente du sexe qui lui a été assigné à la naissance. Une femme trans a été assignée « garçon » à la naissance et est une femme ; un homme trans, l’inverse ; des personnes non binaires ne se reconnaissent dans aucun des deux pôles. L’enjeu central du débat contemporain : cesser de traiter cela comme une maladie mentale (dépathologisation) tout en préservant l’accès aux soins pour qui le souhaite.


Notions et distinctions

  • Sexe (caractères biologiques) ≠ genre (identité et rôle social) ≠ orientation sexuelle (vers qui va le désir). La transidentité concerne le genre, pas l’orientation.
  • Dysphorie de genre : la souffrance liée au décalage entre le genre vécu et le corps/l’assignation. Toutes les personnes trans ne l’éprouvent pas au même degré ; la dysphorie n’est pas l’identité elle-même.
  • Transition : le processus (facultatif et variable) d’alignement — social (prénom, pronoms, apparence), médical (hormones), chirurgical, juridique (état civil). Il n’y a pas une transition « complète » obligatoire.

La dépathologisation (le tournant majeur)

  • Le DSM (manuel psychiatrique américain) est passé du « transsexualisme » (DSM-III) à la « dysphorie de genre » (DSM-5, 2013) : on ne diagnostique plus l’identité, mais la souffrance éventuelle.
  • L’OMS, dans la CIM-11 (adoptée en 2019, en vigueur au 1er janvier 2022), retire la transidentité des troubles mentaux et la reclasse comme « incongruence de genre » parmi les conditions liées à la santé sexuelle.
  • Tension de fond : dépsychiatriser (ne plus considérer comme folie) sans démédicaliser totalement — car la prise en charge des soins (hormones, chirurgies) dépend souvent d’un cadre médical. D’où le maintien contesté d’une catégorie « incongruence de genre ».

Cadres théoriques

  • Judith Butler (Trouble dans le genre, 1990 ; Défaire le genre, 2004) : le genre est performatif — il se constitue par des actes répétés, non par une essence. Cadre philosophique majeur pour penser la transidentité, mais lui-même discuté.
  • Prolonge la distinction sexe/genre du féminisme (« on ne naît pas femme, on le devient ») — tout en la déplaçant.

Nuance critique (un débat vif)

  • Enjeux médicaux : débats réels et non tranchés sur l’accès des mineurs aux bloqueurs de puberté (rapports contradictoires selon les pays), sur les délais et les protocoles.
  • Ligne de fracture féministe : un courant (parfois dit « TERF ») conteste l’inclusion des femmes trans dans certains espaces ; à l’inverse, le féminisme intersectionnel et queer les inclut pleinement. Sujet très polarisé.
  • Ce qui fait consensus scientifique : la transidentité n’est pas une maladie mentale (OMS, 2019) ; les personnes trans subissent des discriminations et des taux élevés de violence et de détresse, largement liés au rejet social plus qu’à la transidentité elle-même (voir Politiser la Psychiatrie — Antipsychiatrie).

Traité avec rigueur et respect : distinguer les faits (classifications, données de santé) des débats politiques ouverts, sans confondre les deux — un cas d’école pour l’esprit critique.


Concepts / fiches liés

Index


Sources : OMS, CIM-11 (2019/2022) ; APA, DSM-5 (2013) ; J. Butler, Défaire le genre (2004) ; Conseil de l’Europe, « CIM-11 : un pas vers la dépathologisation » ; Wikipédia « Dysphorie de genre », « Psychiatrisation des transidentités ».