Économie → le capitalisme ne tient jamais tout seul : il faut des institutions pour le faire tenir… jusqu’à la crise suivante.
L’essentiel
L’École de la régulation est un courant hétérodoxe français né dans les années 1970, en pleine crise des Trente Glorieuses. Son intuition de départ : le capitalisme n’est pas spontanément stable. Rien ne garantit que production et consommation s’accordent durablement. S’il connaît malgré tout de longues phases de croissance, c’est grâce à un ensemble d’institutions (rapport salarial, monnaie, concurrence, État, insertion internationale) qui, à une époque donnée, font tenir le système ensemble. Quand cet agencement s’épuise, le capitalisme entre en crise structurelle et doit se réinventer. Le texte fondateur est Régulation et crises du capitalisme de Michel Aglietta (1976).
Idées-clés
- Régime d’accumulation : la manière dont, sur une période longue, la production, la répartition des revenus et la demande s’articulent pour permettre la croissance.
- Mode de régulation : l’ensemble des institutions, normes et habitudes qui stabilisent ce régime et guident les comportements (au premier rang, le rapport salarial).
- Le fordisme : le régime des Trente Glorieuses, où gains de productivité et hausse des salaires se nourrissent mutuellement — production de masse et consommation de masse — voir Le Fordisme.
- La crise structurelle : après 1970, le fordisme s’épuise (ralentissement de la productivité, saturation des marchés, mondialisation), ouvrant une période de post-fordisme et de financiarisation.
- Une hétérodoxie de synthèse : le courant croise l’héritage marxien (rapports sociaux, crises), keynésien (rôle de la demande) et institutionnaliste (poids des règles).
- Auteurs de référence : outre Aglietta, Robert Boyer (théoricien systématique du courant) et Alain Lipietz (dimension internationale et écologique).
Dimension historique / postérité
Le courant naît au CEPREMAP à Paris, dans le sillage du choc pétrolier de 1973, lorsque l’appareil keynésien standard ne parvient plus à expliquer la conjonction inédite de chômage et d’inflation (la stagflation). En proposant une lecture historique et institutionnelle du capitalisme, la régulation offre une alternative à la fois au marxisme orthodoxe (jugé trop mécaniste) et à la synthèse néoclassique. Elle a durablement influencé l’analyse des variétés du capitalisme, la sociologie économique et les débats sur la financiarisation. Robert Boyer en reste, au XXIe siècle, le principal continuateur.
⚠️ Esprit critique
- Une approche surtout descriptive : puissante pour raconter a posteriori l’histoire des régimes, elle prédit mal les bifurcations et se prête difficilement à la modélisation.
- Périodisation discutée : le découpage fordisme / post-fordisme est contesté, les frontières temporelles étant floues et variables selon les pays.
- Force réelle : elle réhabilite l’histoire longue et les institutions dans l’analyse macroéconomique, et rappelle que la stabilité du capitalisme est une construction sociale, non un état de nature.
À retenir
L’École de la régulation (hétérodoxie française, années 1970 ; Aglietta 1976, Boyer, Lipietz) soutient que le capitalisme est instable par nature et ne croît que grâce à des régimes d’accumulation stabilisés par des modes de régulation (institutions, rapport salarial). Le fordisme fut le régime des Trente Glorieuses ; son épuisement post-1970 ouvre une crise structurelle (post-fordisme, financiarisation). Synthèse marxienne + keynésienne + institutionnaliste. Limites : approche descriptive et périodisation contestée.