La grande carte des courants qui se disputent, depuis quatre siècles, une même question : comment fonctionne (et comment devrait fonctionner) l’économie ?
Fiche de synthèse. Pour l’index cliquable des penseurs et écoles, voir MOC — Penseurs et Écoles de Pensée. Chaque école ci-dessous a (ou aura) sa fiche dédiée.
L’essentiel
L’histoire de la pensée économique n’est pas une accumulation linéaire de « vérités » : c’est une succession de paradigmes rivaux, chacun né en réaction au précédent et au contexte de son époque (crises, révolutions, guerres). Trois grands clivages la traversent :
- Marché autorégulé vs intervention de l’État ;
- individu rationnel (micro-fondations) vs structures et rapports de force (classes, institutions) ;
- orthodoxie (le mainstream néoclassique) vs hétérodoxies (marxisme, post-keynésiens, régulation, écologique…).
La grande frise des écoles
🏛️ Avant l’économie « politique »
- Le Mercantilisme (XVIᵉ-XVIIIᵉ) — la richesse = l’or et la balance commerciale ; l’État dirige le commerce.
- La Physiocratie (XVIIIᵉ, Quesnay) — seule la terre crée de la richesse ; premier « circuit » économique ; laissez faire, laissez passer.
📘 Les fondateurs et leurs critiques (XVIIIᵉ-XIXᵉ)
- École classique (Smith, Ricardo, Say, Mill) — le marché autorégulé, la main invisible, la valeur-travail, l’État minimal.
- L’économie marxiste (Marx) — le capitalisme comme rapport d’exploitation voué aux crises ; la lutte des classes.
- L’École historique allemande (List, Schmoller) — pas de lois universelles : l’économie dépend de l’histoire et des nations.
⚖️ La révolution marginaliste et l’orthodoxie
- L’École néoclassique (Jevons, Menger, Walras, Marshall) — la valeur vient de l’utilité marginale ; l’individu maximise, les marchés s’équilibrent (voir Léon Walras — L’Équilibre Général, Utilité Marginale, Vilfredo Pareto — L’Optimum de Pareto).
- L’institutionnalisme (Veblen, Commons) — l’économie est façonnée par les institutions, habitudes et pouvoirs, pas par l’homo œconomicus.
🔥 Keynes et la macroéconomie (XXᵉ)
- L’école keynésienne — la demande peut être insuffisante ; l’État doit soutenir l’activité et l’emploi (réponse à la Grande Dépression).
- La synthèse néoclassique / néo-keynésianisme — mariage de Keynes (macro) et des néoclassiques (micro).
- L’Économie post-keynésienne (Robinson, Kaldor, Minsky) — l’aile radicale, fidèle à Keynes : incertitude et instabilité financière.
🦅 La contre-révolution libérale
- L’École Autrichienne (Mises, Hayek) — l’ordre spontané, la critique de la planification, le rôle de l’information.
- Le Monétarisme (Friedman, école de Chicago) — « l’inflation est toujours monétaire » ; méfiance envers la relance.
- La Nouvelle économie classique (Lucas) — anticipations rationnelles : les politiques prévisibles sont inefficaces.
- La Nouvelle économie keynésienne (Mankiw, Stiglitz) — réhabilite l’intervention avec des micro-fondations (prix rigides, imperfections).
- L’Ordolibéralisme (Eucken) et Le Néolibéralisme — l’État garant des règles de la concurrence.
- L’École du Public Choice (Buchanan) — appliquer l’économie à l’État lui-même : les élus et bureaucrates maximisent leur intérêt.
🌍 Hétérodoxies et frontières contemporaines
- Le Néo-institutionnalisme (Coase, North, Williamson) — coûts de transaction, droits de propriété, importance des règles (voir Ronald Coase — Le Théorème de Coase).
- L’École de la régulation (Aglietta, Boyer) — pourquoi le capitalisme connaît des régimes (fordisme…) stables puis des crises.
- L’Économie du développement — comment les pays pauvres décollent (voir La Théorie de la Dépendance, Amartya Sen — Capabilités et Développement).
- L’Économie Comportementale (Kahneman, Thaler) — l’agent réel est biaisé, pas parfaitement rationnel.
- L’Économie écologique — l’économie est un sous-système de la biosphère ; limites physiques (voir La Décroissance).
- L’Économie féministe — rendre visible le travail gratuit (care) et les biais de genre de la discipline.
À retenir
La pensée économique s’organise en écoles rivales : mercantilisme → physiocratie → classiques → (marxisme, historicisme) → néoclassiques (marginalisme) → keynésiens → contre-révolution libérale (autrichiens, monétaristes, nouveaux classiques) → hétérodoxies contemporaines (post-keynésiens, régulation, institutionnalistes, comportementale, écologique). Le fil directeur : le curseur entre marché et État, et entre individu et structures. Aucune école n’a « gagné » définitivement — les crises rebattent les cartes (2008 a relancé Keynes et Minsky ; le climat, l’économie écologique).
🔗 Liens
Fiches qui citent celle-ci (20)
- MOC — Penseurs et Écoles de Pensée Économie
- Le Néolibéralisme Économie
- Les grandes écoles de pensée par discipline (panorama transversal) Culture Générale
- La Nouvelle économie classique Économie
- L'École Autrichienne Économie
- L'Économie post-keynésienne Économie
- La Nouvelle économie keynésienne Économie
- Une relance keynésienne pour la France (2027) — utilités et difficultés Économie
- L'École néoclassique Économie
- L'Interventionnisme économique chinois (1930-2025) Économie
- L'École du Public Choice Économie
- Le Mercantilisme Économie
- L'École historique allemande Économie
- La France est-elle néolibérale — et pourquoi d'autres modèles s'en sortent mieux Économie
- Le Néo-institutionnalisme Économie
- La Physiocratie Économie
- L'Économie du développement Économie
- L'Économie écologique Économie
- L'École de la régulation Économie
- L'Économie féministe Économie