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La Nouvelle économie keynésienne

Économie → « Oui, les agents sont rationnels — mais les marchés, eux, se coincent » La nouvelle économie keynésienne (les « nouveaux keynésiens », à ne pas confondre avec le néo-keynésianisme de la…

Économie → « Oui, les agents sont rationnels — mais les marchés, eux, se coincent »


L’essentiel

La nouvelle économie keynésienne (les « nouveaux keynésiens », à ne pas confondre avec le néo-keynésianisme de la synthèse d’après-guerre) est le courant qui, à partir des années 1980, relève le gant lancé par la nouvelle économie classique. Ses figures — Gregory Mankiw, Joseph Stiglitz (Nobel 2001), George Akerlof (Nobel 2001), Laurence Ball, David Romer, Olivier Blanchard — acceptent la discipline des anticipations rationnelles et des micro-fondations, mais démontrent que, même ainsi, les marchés ne s’équilibrent pas spontanément. La raison : des imperfections micro-fondées (rigidités, concurrence imparfaite, asymétries d’information) qui justifient à nouveau l’intervention de l’État et de la banque centrale.

Idées-clés

  • Rigidités des prix et des salaires : les prix ne s’ajustent pas instantanément. Les coûts de menu (Mankiw) — le coût, même faible, de changer les prix — suffisent à bloquer l’ajustement et à rendre la monnaie non neutre à court terme.
  • Salaire d’efficience : les entreprises paient volontairement au-dessus du marché pour motiver, fidéliser et sélectionner les salariés ; il en résulte un chômage involontaire durable (à l’opposé du chômage volontaire des nouveaux classiques).
  • Concurrence imparfaite : les firmes sont price-makers, pas price-takers ; cette structure de marché est nécessaire pour que les rigidités de prix aient un sens.
  • Asymétries d’information (Akerlof, The Market for Lemons, 1970 ; Stiglitz & Weiss sur le rationnement du crédit) : quand un côté du marché en sait plus que l’autre, les marchés peuvent mal fonctionner, voire disparaître — sélection adverse et aléa moral.
  • Justification de l’intervention : puisque les défaillances sont réelles et micro-fondées, la politique monétaire et la politique budgétaire retrouvent une efficacité pour stabiliser l’activité.
  • Synthèse néoclassique nouvelle : la fusion de la rigueur des nouveaux classiques (anticipations rationnelles, agent optimisateur) et des imperfections keynésiennes débouche sur les modèles DSGE (Dynamic Stochastic General Equilibrium), devenus le cœur de l’analyse des banques centrales.

Dimension historique / postérité

Le courant est une réponse directe à la nouvelle économie classique : plutôt que de rejeter ses exigences (micro-fondations, anticipations rationnelles), il les retourne pour reconstruire un keynésianisme défendable. Il se distingue nettement du néo-keynésianisme de Hicks, Samuelson et Solow (le modèle IS-LM et la synthèse d’après-guerre), qui reposait sur des rigidités simplement postulées, non déduites. Sa postérité est immense : les modèles DSGE néo-keynésiens structurent aujourd’hui la décision des grandes banques centrales (Fed, BCE).

⚠️ Esprit critique

  • Force : réconcilie rigueur micro-économique et pertinence keynésienne ; explique le chômage involontaire et légitime la stabilisation macroéconomique sans renoncer à la modélisation moderne.
  • Limite : les modèles DSGE ont été sévèrement pris en défaut en 2008 — bâtis autour d’un agent représentatif et minimisant la sphère financière, ils n’avaient ni prévu ni su expliquer la crise des subprimes.
  • Débat ouvert : depuis, le courant s’efforce d’intégrer frictions financières, hétérogénéité des agents et secteur bancaire, mais la critique d’un cadre trop lisse persiste — reproche que lui adressent notamment les post-keynésiens.

À retenir

La nouvelle économie keynésienne (Mankiw, Stiglitz, Akerlof, Ball, Romer, Blanchard ; années 1980+) accepte les anticipations rationnelles mais prouve que les marchés ne s’équilibrent pas, à cause d’imperfections micro-fondées : rigidités des prix/salaires (coûts de menu, salaire d’efficience), concurrence imparfaite et asymétries d’information. Elle justifie l’intervention et débouche sur la synthèse néoclassique nouvelle et les modèles DSGE, cœur des banques centrales — modèles toutefois mis en échec par 2008. À distinguer du néo-keynésianisme d’après-guerre.

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