Économie → Pas de lois universelles : l’économie est fille de l’histoire et de la nation
L’essentiel
L’École historique allemande domine la pensée économique en Allemagne au XIXᵉ siècle (et jusqu’au début du XXᵉ). Son précurseur est Friedrich List (Système national d’économie politique, 1841), puis viennent Wilhelm Roscher (fondateur de la « vieille » école) et surtout Gustav von Schmoller, chef de file de la « jeune » école historique. Sa thèse de rupture : il n’existe pas de lois économiques universelles et intemporelles. L’économie est encastrée dans une histoire, des institutions, une culture et une nation singulières. À l’abstraction déductive des classiques et des néoclassiques, elle oppose une méthode inductive et historique, fondée sur l’observation empirique concrète.
Idées-clés
- Le relativisme des lois économiques : ce qui vaut pour l’Angleterre industrielle ne vaut pas pour l’Allemagne agraire ; les « lois » économiques sont historiquement et nationalement situées.
- La méthode inductive/historique : partir des faits historiques et statistiques concrets, non de postulats abstraits sur un homo œconomicus rationnel.
- Le protectionnisme éducateur (List) : une nation en retard doit protéger temporairement ses industries naissantes (infant industries) le temps qu’elles rattrapent la concurrence, avant d’ouvrir (voir Le Protectionnisme).
- Le rôle des institutions et de l’État : l’économie dépend du droit, des mœurs, de l’organisation sociale ; l’État est un acteur légitime du développement national.
- Le Methodenstreit (« querelle des méthodes », 1880s) : célèbre affrontement entre Schmoller (méthode historique) et Carl Menger de l’école autrichienne (méthode abstraite et déductive) — voir L’École Autrichienne.
Dimension historique / postérité
L’école se développe dans une Allemagne en cours d’unification et d’industrialisation (Zollverein, puis Reich de 1871), en retard sur l’Angleterre : d’où sa méfiance envers le libre-échange à l’anglaise, présenté comme une doctrine servant les intérêts du plus avancé. Elle réagit contre l’universalisme abstrait de l’École classique et de l’école naissante des marginalistes. Sa postérité est considérable : elle inspire l’institutionnalisme américain (Veblen, Commons — voir Veblen — Institutionnalisme), influence Max Weber (à la croisée de l’économie, de l’histoire et de la sociologie), et prépare l’ordolibéralisme allemand d’après-guerre (le cadre institutionnel du marché). Le protectionnisme éducateur de List reste une référence majeure des débats sur le développement et l’industrialisation des pays émergents.
⚠️ Esprit critique
- Force : elle rappelle une vérité durable — l’économie n’est pas une physique sociale hors-sol ; les institutions, l’histoire et la culture comptent, ce que redécouvriront l’institutionnalisme et l’économie du développement.
- Limite : à force de récuser toute loi générale, elle peine à théoriser et se réduit parfois à une accumulation descriptive de faits — reproche central de Menger dans le Methodenstreit.
- Ambiguïté politique : l’accent sur la nation et l’État a pu nourrir un nationalisme économique ; les « socialistes de la chaire » (Kathedersozialisten) autour de Schmoller mêlaient réforme sociale et conservatisme d’État.
À retenir
L’École historique allemande (Allemagne, XIXᵉ) — Friedrich List (protectionnisme éducateur, industries naissantes), Gustav von Schmoller — soutient qu’il n’existe pas de lois économiques universelles : l’économie dépend de l’histoire, des institutions et de la nation, et doit s’étudier par une méthode inductive. Elle s’oppose à l’abstraction classique et néoclassique, culminant dans le Methodenstreit contre Menger (L’École Autrichienne). Sa descendance : l’institutionnalisme, Weber et l’ordolibéralisme.
🔗 Liens
Fiches qui citent celle-ci (4)
- MOC — Penseurs et Écoles de Pensée Économie
- Les Écoles de pensée économiques — Panorama Économie
- L'École Autrichienne Économie
- L'École néoclassique Économie