Économie → une croissance infinie dans un monde fini : la promesse impossible que la physique interdit.
L’essentiel
L’économie écologique est un courant hétérodoxe qui pose l’économie comme un sous-système ouvert de la biosphère, et non l’inverse. À ce titre, elle est soumise aux lois de la physique — au premier chef la thermodynamique. Il faut la distinguer nettement de l’économie de l’environnement néoclassique, qui traite la nature comme un secteur parmi d’autres, corrige les pollutions par des prix (externalités, taxes, marchés de droits) et parie sur la substitution entre capital et ressources. L’économie écologique, elle, affirme qu’il existe des limites physiques absolues : sur une planète finie, la croissance matérielle infinie est une impossibilité, pas un simple problème d’ajustement des prix.
Idées-clés
- La bioéconomie et l’entropie : Nicholas Georgescu-Roegen (The Entropy Law and the Economic Process, 1971) montre que toute activité économique dégrade irréversiblement l’énergie et la matière disponibles (loi de l’entropie).
- L’état stationnaire (steady-state) : Herman Daly plaide pour une économie stabilisée en volume, dont les flux de matière et d’énergie restent compatibles avec la capacité de la biosphère.
- Cow-boy vs vaisseau spatial : Kenneth Boulding oppose l’« économie du cow-boy » (ressources illimitées, frontière ouverte) à l’« économie du vaisseau spatial Terre » (système clos, ressources bouclées).
- Le capital naturel non substituable : d’où l’opposition entre soutenabilité forte (certains actifs naturels sont irremplaçables) et soutenabilité faible (le capital produit peut remplacer la nature).
- Empreinte écologique et limites planétaires : des outils pour mesurer la pression humaine et les seuils à ne pas franchir (climat, biodiversité, cycles de l’azote…).
- L’économie comme métabolisme : elle se pense comme un flux physique de matière et d’énergie traversant la société, non comme un simple circuit monétaire.
Dimension historique / postérité
Le courant se cristallise dans les années 1960-1970, portées par l’essai de Boulding (1966), le rapport du Club de Rome (Halte à la croissance, 1972) et l’œuvre majeure de Georgescu-Roegen (1971). Il s’institutionnalise en 1989 avec la fondation de l’International Society for Ecological Economics et de la revue Ecological Economics autour de Robert Costanza et Herman Daly. Il constitue le socle théorique de courants plus récents comme la décroissance, l’économie du « donut » de Kate Raworth ou la comptabilité du capital naturel.
⚠️ Esprit critique
- Tension frontale avec l’orthodoxie : l’économie standard parie sur le progrès technique et la substitution pour desserrer les limites physiques ; l’économie écologique juge ce pari dangereux et non démontré.
- Difficulté opérationnelle : renoncer à la croissance comme boussole soulève d’immenses questions d’emploi, de dette et de justice sociale, encore mal résolues.
- Force réelle : elle réintègre la matérialité — énergie, ressources, déchets — dans une discipline qui l’avait largement oubliée, et anticipe de plusieurs décennies les débats actuels sur le climat.
À retenir
L’économie écologique (≠ économie de l’environnement néoclassique) pose l’économie comme un sous-système de la biosphère, soumis à l’entropie et aux ressources finies : la croissance infinie est physiquement impossible. Figures : Georgescu-Roegen (bioéconomie, 1971), Daly (état stationnaire), Boulding (cow-boy vs vaisseau spatial). Concepts clés : capital naturel non substituable, soutenabilité forte vs faible, empreinte et limites planétaires. Filiations : Club de Rome, décroissance. Ligne de fracture : contre le pari orthodoxe de la substitution technologique.