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Le Néolibéralisme

Économie → Le retour du marché comme principe d'organisation de la société — contre l'État-providence. Le néolibéralisme est à la fois un courant de pensée et une orientation politique dominante…

Économie → Le retour du marché comme principe d’organisation de la société — contre l’État-providence.


L’essentiel

Le néolibéralisme est à la fois un courant de pensée et une orientation politique dominante depuis les années 1970-1980. Il réhabilite le marché comme mécanisme d’allocation le plus efficace et prône la dérégulation, la privatisation, la baisse des impôts, la concurrence et la réduction du périmètre de l’État. Ses figures majeures : Friedrich Hayek (voir Friedrich Hayek — L’Ordre Spontané, L’École Autrichienne) et Milton Friedman, chef de file de l’école de Chicago (voir Le Monétarisme).

⚠️ Une précision décisive : ce n’est PAS le laisser-faire classique

Contresens fréquent : le néolibéralisme ne veut pas « moins d’État » au sens d’un État absent. Ses fondateurs (dès le Colloque Walter Lippmann, Paris, 1938, où le mot est forgé) rejettent le laisser-faire du XIXᵉ et affirment que le marché ne se maintient pas tout seul : il doit être construit, garanti et protégé par un État fort (règles de concurrence, droit de propriété, stabilité monétaire). Le néolibéralisme veut donc un État différent, pas un État faible — un État au service du marché plutôt que correcteur du marché. C’est le point commun avec l’ordolibéralisme allemand.

Genèse et diffusion

  • 1938 : Colloque Lippmann — naissance du mot « néo-libéralisme ».
  • 1947 : la Société du Mont-Pèlerin (Hayek) fédère les intellectuels libéraux contre le keynésianisme et le collectivisme.
  • Années 1970 : la stagflation (inflation + chômage) discrédite l’interventionnisme keynésien et ouvre une fenêtre aux idées libérales ; le monétarisme de Friedman s’impose dans les banques centrales.
  • Mise en œuvre politique : le Chili de Pinochet (les « Chicago Boys », première grande expérimentation), puis Thatcher (Royaume-Uni, cf. Le Thatchérisme) et Reagan (États-Unis, cf. La Reaganomics) dans les années 1980, enfin le consensus de Washington (FMI, Banque mondiale) appliqué aux pays en développement.
  • Un ralliement large : dans les années 1990-2000, une partie de la gauche de gouvernement (Blair, Clinton) en intègre le cadre — signe de son hégémonie.

Enjeux et débats

🔑 (1) Efficacité contre inégalités. Ses partisans y voient un puissant moteur de croissance, d’innovation et de liberté (concurrence, ouverture, entrepreneuriat) ; ses critiques, une machine à concentrer les richesses (voir Les Inégalités, Thomas Piketty — Le Capital au XXIᵉ siècle), à affaiblir les protections sociales et à alimenter la financiarisation et l’instabilité (crise de 2008).** 🔑 (2) Le rôle de l’État. Simple gardien des règles (thèse néolibérale) ou acteur nécessaire face aux défaillances de marché, aux biens publics et aux crises (thèse keynésienne/interventionniste) ? (3) Le néolibéralisme comme rationalité : le philosophe Michel Foucault l’a analysé non comme une simple politique économique mais comme une manière de gouverner qui étend la logique du marché et de la concurrence à tous les domaines de la vie — l’individu sommé de se gérer comme une « entreprise de soi » (thèse reprise par Wendy Brown, Dardot & Laval).

⚠️ Esprit critique

  1. Un mot devenu flou. « Néolibéral » est souvent employé comme repoussoir (boo-word) pour disqualifier l’adversaire, au point de perdre son sens précis. Beaucoup de ceux qu’on qualifie ainsi ne se revendiquent pas du terme. À manier avec rigueur.
  2. Bilan contrasté, pas manichéen. La séquence a accompagné l’ouverture mondiale, la baisse de l’inflation et un recul de la pauvreté mondiale (Chine, Asie) — mais aussi une hausse des inégalités internes et une financiarisation déstabilisante. Ni miracle, ni pur désastre.
  3. Après 2008 et le Covid. La crise financière, puis les relances massives et le retour des politiques industrielles (États-Unis, Chine, Europe) signalent peut-être la fin de l’hégémonie néolibérale — ou sa simple mutation.

À retenir

Le néolibéralisme redéfinit l’agenda économique mondial depuis les années 1980 autour du marché, de la concurrence, de la dérégulation et de la privatisation — porté par Hayek, Friedman et l’école de Chicago, appliqué par Pinochet, Thatcher, Reagan et le consensus de Washington. Contre-sens à éviter : il ne veut pas un État absent mais un État au service du marché. Puissant moteur de transformation, il est de plus en plus critiqué (inégalités, financiarisation, instabilité) et son hégémonie vacille depuis 2008.

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