L'Encyclopédie
Accueil · Littérature · Auteurs

Bertolt Brecht

Littérature → Auteurs (théâtre, XXe s.) — dramaturge et poète allemand — Bertolt Brecht est le grand réformateur du théâtre au XXe siècle.

Littérature → Auteurs (théâtre, XXe s.) — dramaturge et poète allemand


Enjeu global

Bertolt Brecht est le grand réformateur du théâtre au XXe siècle. Dramaturge et poète allemand, marxiste, il invente le théâtre épique et la distanciation (Verfremdungseffekt) : au lieu d’emporter le spectateur dans l’émotion et l’illusion, le théâtre doit le tenir à distance pour qu’il réfléchisse aux rapports sociaux qu’on lui montre. Son théâtre n’est pas fait pour qu’on pleure, mais pour qu’on comprenne et qu’on change le monde.


Repères biographiques

  • Né en 1898 à Augsbourg, mort en 1956 à Berlin-Est.
  • Lit Le Capital de Marx en 1926 : sa conversion au marxisme oriente toute son œuvre.
  • Gloire mondiale avec L’Opéra de quat’sous (Die Dreigroschenoper, 1928), mis en musique par Kurt Weill.
  • Exil dès 1933 (fuite de l’Allemagne nazie) : Danemark, puis États-Unis. Plusieurs grandes pièces sont créées au Schauspielhaus de Zurich.
  • Retour en RDA (Allemagne de l’Est) après-guerre : il fonde le Berliner Ensemble, sa troupe-laboratoire.

L’œuvre (théâtre)

  • L’Opéra de quat’sous (1928) : satire mordante du capitalisme et de la morale bourgeoise, sur fond de pègre londonienne. Songs célèbres (Weill).
  • Mère Courage et ses enfants (1939) : une cantinière tente de vivre de la guerre (de Trente Ans) qui lui prend ses enfants. Sommet du théâtre épique.
  • La Vie de Galilée : le savant face au pouvoir, la responsabilité de la science.
  • La Bonne Âme du Se-Tchouan, Le Cercle de craie caucasien, La Résistible Ascension d’Arturo Ui (allégorie de la montée de Hitler).

Lignes de force : le théâtre épique et la distanciation

Théâtre épique VS théâtre dramatique

  • Le théâtre « dramatique » (aristotélicien) vise l’identification du spectateur au héros et la catharsis (purge des émotions). On s’oublie dans l’histoire.
  • Le théâtre « épique » (Brecht) vise le contraire : le spectateur doit rester lucide, critique, actif. On ne doit jamais oublier qu’on est au théâtre.

Les procédés de distanciation (Verfremdungseffekt, « effet-V »)

  • Adresse directe au public, acteurs qui commentent leur personnage au lieu de « devenir » lui ;
  • Songs qui interrompent l’action ; cartons, pancartes annonçant l’issue (supprimant le suspense) ;
  • changements de décor à vue, éclairage non dissimulé ;
  • référence explicite à un problème social. → But : rendre étrange (fremd) ce qui semble naturel, pour montrer que l’ordre social n’est pas une fatalité mais une construction — donc qu’il peut être changé.

Portée et prolongements

  • Esthétique politique : pour Brecht, la beauté et le plaisir ne sont pas des fins mais des moyens au service de la lucidité — à confronter au débat de l’art et la beauté (l’art doit-il plaire ou faire penser ?).
  • Influence immense au cinéma : la distanciation brechtienne irrigue le cinéma moderne, en particulier Godard (regards caméra, ruptures, refus de l’illusion).
  • Un cousin du marxisme culturel : sa critique de l’idéologie rejoint les préoccupations de l’École de Francfort (bien qu’Adorno lui ait reproché son didactisme).

Nuance critique

On a reproché à Brecht un didactisme parfois pesant (le théâtre comme leçon), et une tension jamais résolue : ses pièces émeuvent souvent malgré sa théorie anti-émotionnelle (on pleure devant Mère Courage). Preuve, peut-être, que l’art déborde toujours le programme qu’on lui assigne.


Utilisation pédagogique

Auteur-clé pour l’allemand (langue et culture — utile pour ton agrég/Luxembourg) et pour les lettres : le théâtre, ses fonctions (émouvoir ou faire penser ?), l’engagement de l’écrivain, le rapport art/politique. Se compare idéalement au théâtre classique (catharsis) et à Godard (cinéma).


Auteurs / concepts liés

Index