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L'École de Francfort — La Théorie Critique

Marxisme → Marxisme occidental → Théorie critique de la culture — Le marxisme classique attendait la révolution de l'aggravation économique.

Marxisme → Marxisme occidental → Théorie critique de la culture


Thèse principale Le marxisme classique attendait la révolution de l’aggravation économique. Or non seulement elle n’est pas venue, mais le capitalisme avancé a produit le fascisme et une société de consommation qui intègre et anesthésie les dominés. La théorie critique (die kritische Theorie, f.) se donne donc pour tâche d’analyser cette nouvelle aliénation — culturelle, psychique, totale — en croisant Marx, Freud et Weber. L’École de Francfort se dit die Frankfurter Schule (f.).

Contexte L’Institut de recherche sociale de Francfort (fondé en 1923), exilé aux États-Unis sous le nazisme. Figures centrales : Max Horkheimer (le directeur), Theodor W. Adorno, Herbert Marcuse, Walter Benjamin (compagnon de route, mort en 1940), puis à la deuxième génération Jürgen Habermas. Traumatisés par Auschwitz et le stalinisme, ils interrogent : comment la raison des Lumières a-t-elle pu accoucher de la barbarie ?

Les grands apports

  • La raison instrumentale (Horkheimer & Adorno, “Dialectique de la raison”, 1944) : la raison occidentale, devenue pur outil de domination de la nature et des hommes (calcul, efficacité), se retourne contre l’humanité — la technique de la barbarie (camps, bureaucratie de la mort) en est l’aboutissement. La domination de la nature débouche sur la domination de l’homme.
  • L’industrie culturelle (Adorno & Horkheimer) : (die Kulturindustrie, f. — concept forgé dans Dialektik der Aufklärung, “Dialectique de la Raison/des Lumières”, 1944). Le divertissement de masse (cinéma hollywoodien, musique populaire standardisée, radio) n’est pas une culture libre mais une production industrielle qui uniformise les goûts, fabrique de faux besoins, et transforme les citoyens en consommateurs passifs. Le loisir prolonge l’aliénation du travail au lieu d’en libérer.
  • L’homme unidimensionnel (Marcuse, 1964) : la société de consommation crée des “faux besoins” et un confort qui éteint toute capacité de révolte — l’individu n’a même plus l’idée qu’un autre monde est possible. Marcuse cherchera le potentiel révolutionnaire ailleurs : étudiants, minorités, marges (ce qui en fera l’icône de Mai 68).
  • Benjamin, “L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique” (1935) (Das Kunstwerk im Zeitalter seiner technischen Reproduzierbarkeit) : la reproduction de masse (photo, cinéma) détruit l’“aura” (die Aura, f.) de l’œuvre unique — à la fois perte (le sacré, l’authenticité) et chance émancipatrice (un art démocratisé, politisé). Plus ambivalent et messianique que ses collègues.

Apport global à la théorie marxiste L’École de Francfort déplace la critique de l’économie vers la culture et la psyché : l’aliénation n’est plus seulement à l’usine, elle est dans nos désirs, nos loisirs, notre rapport à la raison. Elle fonde la critique moderne des médias et de la consommation (voir Couleur au cinéma, Compression pour la culture industrielle).

Contradicteurs

  • Le reproche du pessimisme : à force de voir partout la domination intégrale, la théorie critique ne laisse aucune issue ni aucun sujet révolutionnaire — un marxisme “désespéré”, purement contemplatif. Adorno, hostile à Mai 68, en fera l’amère expérience.
  • Habermas (deuxième génération) corrige cela : il abandonne le pessimisme et refonde la critique sur l’agir communicationnel et la délibération démocratique, plus que sur la révolution.
  • Les marxistes orthodoxes : Francfort aurait abandonné la classe ouvrière, la lutte concrète et l’économie au profit d’une critique culturelle d’intellectuels — un marxisme “de chaire” sans prise sur le réel.
  • Critique de droite : l’expression polémique “marxisme culturel” vise (souvent de façon complotiste et déformée) cet héritage ; à manier avec prudence car le terme est devenu un slogan (voir Critiques du Marxisme).

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